Pelé, le roi du cirque abîme l’image de Shell

http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Pel%C3%A9_%C3%81frica_do_Sul_2010_2.jpgPelé en Afrique du Sud en 2010 - crédit photo: Marcello Casal Jr./ABr / Wikimedia Commons / CC
http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Pel%C3%A9_%C3%81frica_do_Sul_2010_2.jpg

Pelé en Afrique du Sud en 2010 – crédit photo: Marcello Casal Jr./ABr / Wikimedia Commons / CC

Je vais encore m’attaquer à sujet polémique. Mes lecteurs le savent depuis fort longtemps, l’un des thèmes les plus récurrents de ce blog est le racisme. Vivant au Brésil, j’en suis bien obligé. Il y a quelques semaines je vous racontais l’histoire du gardien de but du FC Santos, Aranha. Eh bien, le plus grand joueur de l’histoire de ce club, et même du football tout court a décidé de contribuer au débat. Enfin, contribuer, c’est un gros mot.

Le roi Pelé, vous l’aurez compris, c’est bien de lui qu’il s’agit, estime du haut de sa sagesse, si tant est que les jampes d’un footeux peuvent regorger de sagesse, que « le joueur de Santos s’est précipité en réagissant publiquement aux insultes racistes dont il était la cible ». Pour Pelé, « Aranha n’aurait pas dû réagir. On doit combattre le racisme mais pas dans un espace public ». Ah, bon? Et où ça alors?

« Si j’avais réagi à chaque fois qu’on m’insultait ou que l’on me qualifiait de macaque, tous mes  matchs auraient été arrêtés… » a-t-il enchaîné lors d’un événement publicitaire du groupe Shell Brasil.

Il faudrait que l’on explique à Pelé que s’il a manqué quelque chose dans sa carrière, c’est justement en refusant de s’engager en faveur de la cause des noirs du monde entier. S’il n’arrivera jamais à la cheville de Mohamed Ali ou de Nelson Mandela, c’est justement parce qu’il a trahi son peuple. Et plus encore, c’est toute l’humanité que Pelé condamne à vivre encore plus l’absurdité qu’est le racisme dans le sport. En ce sens Balottelli et Prince Boateng lui sont supérieurs.

Quel autre joueur ayant un tel prestige aurait pu intervenir dans l’espace public justement pour faire avancer les mentalités?

Pelé se trompe d’époque. Nous ne sommes plus en 1960, avant l’indépendances des pays africains, avant aussi la marche de Castro et Guevarra, lorsque les peuples opprimés se soumettaient – parfois volontairement.

Les années sont passés et Martin Luther King a fait son discours à Washington, Malcom X a été assassiné mais nous a laissé une autobiographie d’une incroyable puissance. Non, Pelé, nous ne nous soumettrons pas, même pas pour vous, magesté.

Car même les princes se trompent. Et je vous dirai pourquoi.

Ce samedi, vers midi, je me suis rendu au supermarché de mon quartier pour acheter un délicieux poulet rôti. Alors que je me tiens sur la file d’attente, une bonne dame accompagnée de sa fille, d’une remarquable beauté je dois dire, s’approche dans mon dos et murmure: « Ei, negão, me passe essa cesta, por favor ». Pour faire simple, elle me demande gentilment de lui passer le panier qui se trouve devant moi. Sauf qu’elle m’a appelé negão.

Negão, au Brésil ne peut pas vraiment être traduit par nègre. Il s’agit au contraire d’une sorte de superlatif que les noirs doivent accepter peu importe leur conscience politique. C’est un peu comme la neginha qui vaut pour les femmes: la belle petite mulâtre

Le mot negão se réfère normalement au noir très costaud à qui l’on associe également des qualités sexuelles uniques. Il faut dire que cela vient de l’époque de l’esclavage quand les dames de la haute société « s’amuser » avec leurs nègres de maison. Or moi, je n’ai pas vraiment la taille d’un Teddy Riner.

A ces mots, donc, je n’ai pas réagi regardant choqué la dame ainsi que sa fille qui n’avaient pas du tout l’apparence d’être racistes. Cependant, elles ont internalisé les codes du racisme. Elles m’obligent à accepter ce qualificatif qui pour moi est dégradant et offensif.

Cependant, j’ai commis une faute morale en ne réagissant pas. Peut-être parce que pendant que je rationalisais tout ça… mais, le temps passait et la dame s’en allait… j’ai donc perdu une belle occasion de l’éduquer.

Bref, je me suis décidé à organiser une campagne contre le racisme dans mon quartier. Je pense à faire faire des T-shorts avec la phrase, « Ne m’appellez pas negão« , tout cela dans le but de réveiller les consciences contre les discriminations silencieuses.

Quant à Pelé, j’ai juste pensé que si le groupe Shell souhaitait se construire une belle image auprès du public, c’est raté. Ils auraient dû penser à cette phrase de Romário sur « le roi »: « Pelé est un poète lorsqu’il se tait ».

Pas mieux !

P.S: Shell ne s’est d’ailleurs pas exprimé pour recadrer son roi, ce qui démontre aussi la banalisation du racisme au Brésil.

 

 

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.
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