Chasse à l’homme contre une victime du racisme au Brésil

https://www.flickr.com/photos/clubeatleticomineiro/4625082826/sizes/m/Aranha, le gardien de Santos - crédit photo: Clube Atlético Mineiro / Flickr.com
https://www.flickr.com/photos/clubeatleticomineiro/4625082826/sizes/m/

Aranha, le gardien de Santos – crédit photo: Clube Atlético Mineiro / Flickr.com

Deux faits ont marqué cette fin de mois d’août au Brésil. Non, cela n’a rien à voir avec l’élection présidentielle ou la Seleção brésilienne qui retrouve miraculeusement ses anciennes vertus footballistiques. Non, hélas, rien de beau ne vous sera relaté dans ce billet. Je vous demande la patience de lire jusqu’à la fin, car les faits sont assez graves.

Encore une fois, le Brésil, ce cher pays qui m’a adopté (jusque-là…) s’illustre par deux cas, pas un, mais deux cas extrêmement graves de racisme. Contre une jeune fille anonyme et contre Aranha, le gardien de but du FC Santos, l’ancienne équipe de Neymar, Robinho et Pelé.

« Où l’as-tu achetée, cette esclave? » 

La semaine dernière, Facebook nous a encore sorti une de ses perles. Un jeune couple d’adolescents s’est retrouvé sous les feux des projecteurs après que la jeune fille de race noire a publié sur son compte du réseau social californien une photo d’elle-même avec son amoureux de race blanche.

S’en est suivi une vague de commentaires racistes, des remarques d’une sauvagerie indescriptible, « Où l’as-tu acheté cette esclave? », « vends-la moi! », pouvait-on lire dans les commentaires de la photo. Certains sont même très moqueurs: « Ah, ah, quelle merde… on dirait Thiago et la laide… ».

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Evidemment la police se charge de l’identification des criminels, mais le mal est fait. La fille dit « avoir pleuré pendant des jours » ne comprenant pas ce qui motivait une telle haine chez certains de ses compatriotes. Ce n’est certainement pas la meilleure façon de devenir célèbre…

Si les responsables de cette barbarie sont punis (on attend pour voir) il ne faudra quand même pas oublier que la majorité des personnes qui se rendent coupables de ce type d’actes restent impunies. La loi existe, mais n’est pas appliquée.

Mais si vous pensez que je vous ai raconté le pire, vous vous trompez…

Fouiller le passé d’une victime du racisme, oui monsieur !

Et donc, retour (malheureusement) sur l’épisode de Grémio (le nouveau club de Felipe Scolari) et sur une rencontre de la Coupe du Brésil qui voyait Santos visiter les gaúchos de Porto Alegre, région sud du pays, berceau des séparatistes brésiliens et réputée comme…  » pas tendre avec les Noirs « .

Pendant la rencontre, le gardien Aranha est pris à partie par le public gremiste qui entonne des chants racistes, imite des primates alors que les caméras de la chaîne câblée ESPN-Brasil (que j’ai la chance d’avoir à la maison) captaient une jeune femme hurlant comme une folle  » macaque, macaque… » , au gardien de Santos. [VIDEO]

La répercussion est immense. On parle non seulement de punir les coupables, mais aussi d’exclure le club de Porto Alegre de la compétition. C’est alors que le mauvais côté de certains dirigeants fait brutalement surface.

Lors d’une intervention sur une radio de la capitale du Rio Grande do Sul, l’ancien président du club, Luiz Carlos S. Martins a pris la défense de la jeune femme, faisant d’elle  » la victime d’un lynchage collectif « , et de rappeler que le coup de genou de Zuniga pendant la Coupe du monde était un acte bien pire.

Selon lui, en s’indignant contre ces chants,  » Aranha a organisé une scène théâtrale « , avant d’ajouter que  » les chants contenant le mot macaque faisaient partie du folklore du football « .  » Les interdire serait la fin du football « , s’est-il indigné.

Eh bien, qu’on arrête donc ce maudit football !

Ce monsieur ne s’est pas arrêté là. Visiblement décidé à entrer dans les livres d’histoire qui raconteront les pires barbaries du siècle, il a recommandé, je cite :  » Que l’on fouille dans le passé du gardien de but Aranha  » , certainement dans le but de lui trouver quelques pailles dans les yeux… Comme pour dire que certaines personnes, compte tenu de leur passé, méritent bien quelques folklore chants racistes.

C’est bon, j’arrête ? J’avoue que cela me fait l’effet d’un film d’horreur. La seule satisfaction que l’on éprouve à l’écoute de ce document audio, c’est de constater que l’un des invités de l’émission quitte le studio après de tels propos racistes et criminels.

 » Miroir, miroir, dis-moi si je suis beau « 

Muricy Ramalho, l’entraîneur de São Paulo a été très sévère avec son pays :  » C’est malheureusement le reflet de notre pays et cela vient d’en-haut. Le ballet va continuer… ».

Grémio renvoie aux Brésiliens une image peu flatteuse de leur société et c’est pour ça que la réaction d’Aranha passe mal. Avec son coup de gueule, Aranha révèle la face défigurée d’un Brésil incapable de résoudre ses problèmes de relations raciales.

Cela nous conduit également à l’analyse du journaliste Joel Rufino qui critique le racisme comme spectacle : » Aujourd’hui, plus personne n’a honte de se montrer publiquement raciste « .

 

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.

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