Hercule Poirot, John Lennon et le bon pasteur

Hercule Poirot / wikimedia commons /CC
Hercule Poirot / wikimedia commons /CC

Hercule Poirot / wikimedia commons /CC

Premier round intéressant lors de cette campagne électorale pour les élections présidentielles du Brésil. Hier mardi 26 août, la chaîne de télévision Band a proposé le premier débat entre les candidats en course pour occuper le Palácio do Planalto.

Si rien de surprenant n’est apparu dans ce scénario de Street fight où chaque candidat posait des questions à qui il voulait, des personnages atypiques ont tout de même retenu notre attention. En vérité, en posant une question à un autre candidat, on se donne seulement le droit de répliquer avec un élément plus ou moins pertinent de son propre programme, ce qui assez affligeant à regarder.

Le bon pasteur

Alors, lui c’est le pasteur Everaldo Pereira du Parti Social Chrétien (PSC), eh oui, ça n’existe pas qu’en Allemagne. Personnage atypique donc, presque caricatural, il sort facilement du lot grâce à un discours aux antipodes de ses collègues. A chacune de ses phrases, on entend les mots « Dieu », « salut » ainsi que d’autres formules qu’affectionnent nos amis chrétiens. La phrase qui tue: « Ici ce n’est pas Cuba, ce n’est pas le Vénézuela… ».

On sait déjà qu’il volera quelques voix à Marina Silva qui elle aussi flirte avec les évangéliques.
« Tout privatiser au nom de Jésus! »

Mario Bros ou Hercule Poirot s’invite au débat des présidentiables

Le candidat Lévy Fidelix, de la gauche radicale

Il a volé la vedette a tout le monde avec sa verve à la Mélanchon et sa tête de Mario Bros… mieux, d’Hercule Poirot. Toute ressemblance entre le candidat Lévy Fidelix et le personnage héroique de Nintendo est une simple coïncidence… cela n’aura évidemment pas échappé aux twittos brésiliens qui s’en sont donné à coeur joie pour placer des moqueries ça et là.

« Qui a laissé Mario Bros se présenter aux élections? Les personnages fictifs, c’est permis? »

https://www.flickr.com/photos/hightechdad/8044055682/sizes/s/

Crédit photo: HighTechDad on Flickr.com / CC

Il n’hésite pas à citer John M. Keynes lors d’un débat politique de 2014. Ok, le grand économiste qui incarna les accords de Breton Woods a su être réinventé par ses disciples, mais il fallait tout de même l’oser lors d’un débat proposé à un public pas forcément féru d’économie. J’ai rien dit.

Eduardo Jorge, le candidat de John Lennon

Paz e Amor ! Vous l’aurez compris, on a droit ici à un candidat hippie. Eduardo Jorge n’a d’ailleurs pas mis l’eau à la bouche avant de citer John Lennon comme l’exemple à suivre pour ce grand Brésil. Il aura au moins convaincu un twittos, 

On l’a un peu soupçonné d’être venu « stone » au débat, mais sur Twitter, sa victoire ne fait ce soir aucun doute.

Heu, c’est quoi le patrimonialisme?

D’ailleurs le vocabulaire des candidats est toujours ce qui m’agace le plus lors des débats télévisés. Lorsqu’un journaliste demande à Dilma Rousseff d’apporter des solutions à l’un des plus grands fléaux du Brésil, entendez par là, le patrimonialisme, mon coeur accélère…

Franchement, ils sont combien les brésiliens qui savent ce que c’est que concept weberien (ah, oui heim…)? On voit bien que ces gens-là n’ont aucune idée de la réalité des brésiliens. Il faut dire aussi qu’après une certaine heure, personne n’est vraiment en mesure de capter des théories économico-politiques d’obédience weberienne. Ainsi, on a eu droit au tweet provocateur de BuzzFeed Brasil: « ce débat ira jusqu’à l’heure du dejeuner ». Il est minuit, heure de Brasília.

Bref, on savait déjà à quoi s’attendre avec Dilma Rousseff, comme d’habitute, hésitante devant les caméras, décidément… Si elle gagne les élections, ce ne sera pas grâce à son éloquence. Quant à Marina Silva, elle semblait vouloir imposer l’image d’une femme forte. Difficile de dire si elle y est parvenu. Elle n’a cependant pas hésité à concluir la soirée en révendiquant pour elle l’héritage politique de feu Eduardo Campos… Ah, Marina!

En tout cas, les vainqueurs de ce débat sont bien Mario Bros alias Hercule Poirot, John Lennon et le bon pasteur…

 

The following two tabs change content below.
Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.

2 Commentaires

  1. Mario Bros c’est Marrant. Mais dit moi un peu qu’est ce qui fait que Dilma soit moins eloquente? Mon opinion sur la religion et la politique je pense que ça marche pas ensemble et ces pasteurs finiront a perdre leur croyants. Moi j’ai cessé d’aller a l’eglise a cause de ses pasteurs qui viennent nous parler de Dieu en politique. Je ne vois pas aujourdhuit le Brésil être dirigé par Marina car ça sera un desastre donc que Dilma gagne !!!
    Ps: La diaspora bresilienne ne votera pas Dilma, le debat chauffe ici.

    1. Oui, en général les brésiliens de l’extérieur n’aiment pas le PT, C’est aussi en raison de leurs origines sociales plus aisées, normal.
      Marina n’a aucune base parlementaire, elle ne saurait gouverner. Quant aux pasteurs, bem, ils devraient deja avoir une notion de la laicité, n’est-ce pas?

      Eh, oui… c’était drôle cette comparaison avec Marion… bises!

Ajouter un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *