Malgré l’humiliation, Dilma Rousseff gagne son pari

Dilma Roussef via Wikimedia Commons, CC
Dilma Roussef via Wikimedia Commons, CC

Dilma Rousseff via Wikimedia Commons, CC

ANALYSE | Le pari était risqué. La présidente Dilma Rousseff l’avait prévu à sa manière un peu maladroite, comme toujours devant les caméras : « Nous allons organiser la Coupe des coupes – a Copa das Copas ». La belle formule a été accompagnée par un hashtag ultrapopulaire sur le réseau social Twitter, #copadascopas.

Même le président de la FIFA, plutôt réservé avant le début de la Coupe du monde vient d’attribuer une excellente note au Brésil pour son travail exceptionnel en tant qu’organisateur : 9, 25 sur 10. Un succès qui fait du Brésil un grand parmi les grands.

La première semaine post-Coupe du monde est l’occasion de faire le bilan, et il faut croire que même les plus pessimistes des observateurs s’accordent à dire que l’organisation du Mondial est un succès. Le Brésil s’est bien vendu, comme on dit.

La seule humiliation est restée sur le compte du beau jeu que la Seleção de Felipe Scolari n’a jamais réussi à présenter.

Solidaire sans pour autant exagérer

La grande gagnante de ce succès est évidemment Dilma Rousseff qui, dès le début, avait prévu un bon comportement de la population ainsi que des organisateurs. Plutôt abandonnée par l’ensemble de la classe politique qui redoutait une explosion sociale, Dilma Rousseff s’est rangée tout au long du tournoi « derrière la population et sa Seleção… ».

Intelligente, elle s’est montrée nuancée à savoir que le destin de la Seleção ne serait pas le baromètre d’évaluation de la Coupe du monde.

C’est ainsi qu’au lendemain de la défaite face à l’Allemagne elle était tout à fait à l’aise pour admettre que le Mondial était une réussite. Dimanche, elle a insisté après le match sur cet aspect, tout en regrettant la triste élimination des joueurs de Felipão, le big Phil.

Comme tous les Brésiliens, je suis triste pour cette défaite.

C’est que les enjeux étaient énormes : les élections d’octobre. On pouvait s’attendre à ce que le déroulement de la Coupe du monde dicte le « mouvement » général des électeurs. Dilma Rousseff se devait donc d’être solidaire avec l’équipe nationale sans pour autant exagérer.

L’impression qu’elle a donnée à la fin est celle d’un personne neutre. Au-dessus des résultats, loin des stades, elle n’est apparue qu’à deux occasions – huée certes – durant le match d’ouverture et la conclusion du Mondial au Maracanã. Bien vu.

 

Nous avons la foi en notre seleção. Le Brésil c’est 200 millions de coeurs unis !

Pas de conséquences sur l’élection

Aujourd’hui, les spécialistes s’accordent à dire que cette Coupe est effectivement la Copa das Copas, tant sur la pelouse, grâce notamment au spectacle qui est allé jusqu’au bout du bout du suspense, tant en dehors du terrain où les touristes ont été impressionnés par la réceptivité des Brésiliens (…et Brésiliennes?). Mais ça, ce n’est pas une surprise pour moi.

Donc, je peux déjà m’avancer et dire que l’élimination du Brésil n’aura aucun effet sur les prochaines élections. Et ce, pour deux raisons :

  1. la première est sportive : le responsable de la défaite n’est pas Dilma Rousseff, mais bien Felipe Scolari et son staff en commençant par Parreira. Les deux hommes sont directement tenus pour responsables par l’ensemble des analystes ainsi que 75 % de la population. Par ailleurs, 95 % des étrangers affirment vouloir revenir au Brésil selon un sondage publié sur le site du Parti des travailleurs (PT).
  2. la deuxième raison est historique : en 1998, le Brésil perd la Coupe du monde en France et le président Fernando Henrique Cardoso (social-démocrate, mais centre droit en réalité) est réélu face à Lula da Silva. En 2002, au Japon, la Seleção de Ronaldo et Rivaldo est championne du monde, mais Cardoso perd l’élection et voit Lula initier la période la plus prospère de l’histoire du pays. 2006 et l’élimination précoce en Allemagne, Lula da Silva est réélu malgré le scandale du Mensalão.

 

Le Brésil est donc prêt à recevoir les Jeux olympiques dans un climat beaucoup plus serein. Toutefois, il ne faudra pas s’enflammer dans le camp de la présidente Dilma Rousseff.
 

 Bonus:

– Tous mes articles sur la Coupe du monde sont à retrouver ICI.

– A propos des manifestations de juin 2013, lire mon reportage pour l’Atelier des médias / RFI.

– Me suivre sur Twitter.

 

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.

7 Commentaires

  1. BELLE PLUME COMME D’HABITUDE, SERGE. VOYONS SI ELLE SERA RÉÉLUE… POUR L’ORGANISATION DU MONDIAL, CETTE NOTE DE 9,25 EST EXCESSIVE, JE CROIS.

  2. C’est typiquement brésilien ca, les élections présidentielles qui se tiennent chaque année juste après la coupe du Monde! 😉
    Encore merci pour un super article. Et alors elle n’a vraiment pas eu lieu, la fameuse explosion sociale? Ou bien est-ce possible que les médias aient réellement ignoré les manifestations?
    Et maintenant que le mondial est fini, les protestations sociales reprendront-elles enfin?

    1. Oui , organiser la coupe du monde pendant une année électorale c’est risqué! Mais bon je ne crois pas qu’il y aura des explosions, peut être dans certaines villes plus petites… pendant la Coupe du monde c’était calme, sauf à Belo Horizonte où une journaliste avait été blessée.

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