Terminée la Coupe du monde, et si on parlait (enfin) du Brésil

http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Torcedor_do_Brasil_com_caixao_de_Maradona_(2009).jpgUn supporter brésilien avec un cercueil dédié à Maradona, crédit photo: Adenilson Nunes / AGECOM / Wikimedia Commons
http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Torcedor_do_Brasil_com_caixao_de_Maradona_(2009).jpg

Un supporteur brésilien avec un cercueil dédié à Maradona, crédit photo : Adenilson Nunes / AGECOM / Wikimedia Commons

Ouf ! Finalement, elle est passée cette Coupe du monde. Elle a trop duré. J’ai du mal à l’admettre, mais j’ai effectivement perdu un mois de ma vie à regarder des matchs, à lire des billets de blogs, à méditer pour une victoire des Bleus face à l’Allemagne, à espérer la Chute de Sepp Blatter encore pris dans un scandale. Un mois à ne rien faire d’utile, et pendant lequel j’ai outrageusement délaissé Carioca Plus (je me cachais ) n’ayant presque pas parlé du Brésil. Cette Coupe du monde était surtout l’occasion – pour les autres – d’alimenter des mythes sur le pays de Pelé et Gilberto Gil.

Après avoir frôlé une overdose de matchs, j’en suis arrivé à culpabiliser pour avoir rangé mes livres, oublié d’écrire mes deux articles scientifiques du premier semestre, reporté la traduction de trente pages d’un article sur l’économie solidaire… le retour à la réalité sera pénible !

Et puis, il faudra actualiser mes lecteurs sur l’évolution de l’actualité brésilienne qui risque également d’être chargée…

Pendant que j’étais « en vacances », d’autres ont assuré le relais. C’est ainsi que j’ai pu lire ici et quelques vérités dérangeantes – ma spécialité – sur le Brésil. Mais en règle générale, ce Mondial a éclipsé tous les problèmes du Brésil dont on nous parlait pourtant jusqu’au 30 juin.

Une fête sans les Noirs… comme toujours !

Je l’ai écrit mille fois sur ce blog. Au Brésil, « les Noirs meurent plus que les Bancs« , ils sont en majorité analphabètes, pauvres et exclus de tous les circuits culturels du pays. La Coupe du monde n’a fait que confirmer mes propos comme on peut le lire dans un reportage de Slate.fr et même sur Bloomberg.com.

Certains peuvent toujours fermer les yeux, mais la vérité est que pendant cette Coupe du monde, les Noirs ne sont jamais allés suivre les matchs dans les stades qui ont été « réservés » aux Blancs de la classe moyenne… et à la Jet Set internationale.

Why always Us

Ah, les Noirs ! Toujours eux ! C’est Balottelli qui a compris l’affaire en s’interrogeant ainsi : « Why always me » ? Cette Coupe du monde a aussi été un prétexte pour faire du « black-bashing » sur les réseaux sociaux. Le premier à en pâtir fut le défenseur brésilien Marcelo, auteur d’un but contre son camp face à la Croatie.

Les réseaux sociaux se sont chargés de déverser sur lui leur haine raciste… « il fallait bien que ce soit un Noir », lisait-on sur Twitter. D’ailleurs, je me suis toujours demandé pourquoi Twitter n’avait pas de politique de modération. Vous n’imaginez pas le nombre de comptes racistes, xénophobes, antisémites, pornographiques et néonazis qu’on trouve sur le réseau social…

L’autre joueur qui a fait les frais du racisme, c’est évidemment « ce diable » de Zuniga. Le malheureux a eu l’audace de promener son genou sur la colonne vertébrale de Neymar privant le Brésil du rêve d’un hexacampeonato… mais ça, c’était avant le fameux 7-1.

Et les femmes, elles aiment vraiment le foot ? 

Je n’ai rien contre le femmes. Mais, franchement, pendant cette Coupe du monde, les Brésiliennes m’ont fatigué avec leurs commentaires sortis tout droit de Blanche Neige… Après, elles diront que « c’est le foot qui ne les aime pas ».

Combien de fois ai-je entendu, après un but de David Luiz ou James (ne se lit pas Dgemès, mais Ramès) Rodriguez des commentaires du genre : « ô qu’il est beau David« , « Seu lindo, James Rodriguez !« . Franchement, mesdames, êtes-vous vraiment obligées de reproduire ces clichés contre votre propre sexe?

Sinon, on a dit aussi que cette Coupe du monde, avant de commencer, était déjà le Mondial des « match’o »… elle se termine comme la plus sexiste de l’histoire. Mesdames, 7; messieurs, 1.

Pendant ce temps-là, les élections…

7-1. Je ne devais pas en parler. Mais l’affaire est grave. Il paraît que Dilma Rousseff n’a pas suffisamment payé la FIFA – et les Allemands ? – d’où cette sanglante défaite, mardi 8 juillet à Belo Horizonte. Ou est-ce le fait qu’elle ait payé en reais?

Le fait est qu’une partie de la population veut à tout prix la rendre responsable de la déroute de la Seleção. Si l’on en croit le plus grand anthropologue brésilien vivant (Houla, les superlatifs…), le « Claude Lévy-Strauss de Tijuca », Roberto DaMatta, la présidente ne perd rien pour attendre… « Les conséquences de cette défaite vont dépasser le cadre normal du sport et se faire ressentir dans d’autres domaines. On ne sait pas comment, mais cela va arriver ». C’est dit.

Heureusement pour l’héritière de Lula da Silva, le « brazilianist » Peter Hakim l’entend d’une autre oreille: « cette ‘honte passagère’ ne durera pas longtemps ». C’est dit… aussi.

La Coupe du monde est finie, mais le match DaMatta-Hakim ne fait que commencer.

Bonus:

– Dilma Rousseff a encore été huée ce dimanche lors de la finale de la Coupe du monde au Maracanã.

« Aqui é o país do futebol »

 

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.
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3 Commentaires

  1. Ah moi qui pensais que le Brésil c’est le dernier el dorado des africains qui puisse exister de par le dynamisme de son peuple, l’imaginaire collectif très riche et positif, la tolérance et j’en oublie d’autres, je déchante très vite, … comment diable as-t-on laissé diffusé cette stipudité immonde, billet tonique cher mentor Serge

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