Voir Grand Bassam et revenir, réponse

http://en.wikipedia.org/wiki/File:Internet1.jpgcrédit : Rock1997 / Wikimedia Commons
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crédit : Rock1997 / Wikimedia Commons

Normalement je ne devais pas publier ce texte ici. Mais en raison de ma conception d‘Internet comme étant avant tout une sphère publique, c’est à dire un espace où il est donné à tous la possibilité de débattre publiquement les sujets les plus complexes, je vais donc publier un commentaire posté sur le blog d’un collègue Mondoblogueur dont j’admire le travail (mes nombreux commentaires sur son blog l’attestent). Il m’est même arrivé de présenter l’un de ses textes à mes étudiants brésiliens.

Tout commence avec le billet de notre collègue où il argumente assez justement son ressenti sur la dernière formation à Abidjan. Voyant la pertinence de ce post, j’y laisse un commentaire que l’administrateur du blog ne publie pas, alors qu’il m’envoie une réponse par e-mail. Or, je considère que les lecteurs ont le droit d’avoir plusieurs opinions sur ce billet qui jette un froid sur notre réseau.

Je précise que je ne suis pas l’avocat de RFI, de Ziad, Raphaelle ou Manon, moins encore de Mondoblog. Simplement, je ne comprends pas que mon commentaire ne soit pas publié.

Ci-dessous, mon commentaire ainsi que sa réponse (par e-mail):

Bonjour grand, j’ai lu et relu ce billet, j’ai attendu avant de le commenter POUR NE PAS ÊTRE INJUSTE AVEC LES DIFFÉRENTES PARTIES… premièrement, je précise que tout le monde n’a pas parlé de son expérience à Grand Bassam, certains par pudeur, d’autres parce qu’ils n’avaient rien à dire, et finalement, chaque article est juste à prendre comme un point de vue, un ressenti personnel. j’irai donc point par point: 1. « Un vol de la compagnie Air Cote d’Ivoire, où on m’a parlé quasi-exclusivement anglais. Ça commençait bien pour quelqu’un qui quittait un pays francophone à destination d’un autre,… » ce n’est vraiment pas la faute des gars. Moi j’ai pris south african et on me parlait anglais aussi… 2. « on vint me chercher pour me dire : « nous voulons la clé, votre copain est arrivé ». Je me suis aussitôt exécuté, tout ahuri que je suis d’apprendre que j’ai un copain commis d’office. Sachant que la chambre est à lit unique, je n’ai pu m’empêcher de penser au récit de David Kpelly « Comment boire des Flag avec des tchadiennes, sans se retrouver dans le lit d’un Nigérian ». c’est le point où je suis le plus d’accord avec toi. Je m’interesse depuis des années aux questions de reconnaissance culturelle pour savoir que le respect commence par là, et c’est meme une question politique. Personnellement, j’ajoute ça parce que c’est une question de ressenti, cela ne me gène pas de dormir dans le meme lit qu’un homme, même si j’aurai préféré la chaleur de ma fiancée , j’ai eu Marek à la place… et pour la question des cabanes, c’est relatif, au Brésil un tel Hotel couterait une fortune surtout qu’on était au bord de la mer… 3. « Il s’agissait plutôt de ces dernières, car Manitou nous disait qu’il ne blaguait pas, et qu’il nous avait demandé « d’amener quatre merdes » Ici, c’est trop compliqué. lorsqu’on a demandé ces devoirs, j’en ai fait 3 pour m’amuser, je ne l’ai pas pris comme des devoirs, mais juste une façon de m’essayer aux nouvelles écritures. Alors, oui, tu as raison, le vocabulaire employé par Z. n’est pas courtois dans la mesure où dans l’auditoire il y avait des enfants, des pères de familles, des « vieux », des femmes, etc. Personnellement, je ne laisse pas passer les écarts de langage parce surtout parce que je vis à l’étranger dans un pays raciste.. mais je réagis quand cela m’est adressé, ce qui n’arrive presque jamais. Effectivement, dire que c’était « des merdes… », c’etait fort, mais je le mets sur le compte de la personnalité de Z. ça n’engage que lui. 4. « Pour lui, les blogueurs qui étaient là, avaient les caractéristiques complètes de ceux qui ne cherchent qu’un tremplin pour rester en France : des clandestins potentiels. » Là je ne suis pas d’accord avec toi. Une collègue à nous a bien eu un probleme de visa cette année pour entrer en France. Qu’on le veuille ou non, la France est un pays raciste et obtenir le visa pour tout le monde ne serait pas facile, surtout que nombreux n’ont pas d’emploi (ça me gène de parler de ça ici… ) . Moi meme né en France, mais comme j’ai un passeport congolais, je suis obligé de passer par l’Afrique du Sud , me taper 24 heures de vol alors que Paris ce serait trop facile. 5. Je n’aboderai pas les questions personnelles, où des gens sont nommément cités… 6. Ce qui m’a dérangé, c’est le confinement à Grand Bassam, mais ça c’était un probleme d’organisation, ils ont voulu essayer autre chose que Dakar et à mon avis, ça n’a pas marché parce qu’on avait l’impression de « végéter ». Pour ma part, je suis sorti tous les jours, je n’ai pas à me plaindre sauf pour mes collègues. 7. Enfin, si quelque chose pourrait être amélioré, ce serait que l’équipe de RFI soit le dernier à quitter le lieu de la formation et ne pas « laisser » certains blogueurs à l’hotel, surtout que pour les jours restants, l’alimentation était à charge personnelle… L’année dernière nous avions eu un problème d’eau potable à Dakar, mais apres la formation, une discussion à l’interne est faite pour faire évoluer les choses, et cette année on en avait… Et quant au café, je vis au Brésil, donc, le café c’est mon eau… chaque fois que j’en voulais, à n’importe quelle heure, meme pendant les ateliers, j’allais en demandé à la cuisine et on me l’offrait … Felicitation pour ton courage d’aborder un problème compliqué, même si chacun le comprendra à sa manière. Alors, fallait-il en parler à l’interne ou le mettre sur le web…? on est un peu victime de la société de l’information, de la logique des réseaux, du buzz… enfin, chacun fait ses choix

Et donc, sa réponse:

Je te remercie d’avoir lu ce  »coup de gueule », et surtout d’avoir pris le soins de l’analyser et d’en sortir les nombreuses lacunes. Je ne compte pas revenir sur tous les points que tu as évoqué, même si je ne partage pas ta réaction, dont les mobiles véritables m’échappent. Je n’ai pas dit que tout le monde a dit ceci ou cala.Il faut revoir ce que j’ai dit. Il n’exprimait pas une telle exhaustivité, comme tu le dis. Je crois que tes propos ont fait sortir mes quelques lignes de leur contexte. Je ne discute pas comment doivent s’organiser les sessions, pour comparer Bassam et Dakar, et je ne demande pas un standing des hôtels de Rio, je parle simplement d’un traitement humiliant qui m’a été infligé et qui ne sied pas à ma culture. Le traiter en interne, j’aurai bien voulu. Mais cet interne je ne l’ai pas trouvé. Leur adresser un email alors que la dame s’est contenté de me donner une adresse, et que son chef n’a pas parlé avec moi du problème, saut pour promettre de me déposer quelque part sur son chemin. Ce que je lui ai pas demandé, et qu’il n’a pas fait finalement. Je ne vois pas un caractère sacro-saint de Mondoblog, ou d’un monde quelconque où ne eput pas exprimer qu’on été froissé. Je n’avais que ce cadre pour l’exprimer. Ce cadre, je ne le cherche d’ailleurs que pour m’exprimer, sans détours, dans les limites de la politesse. Je te remercie, en tout cas,pour ton message qui dénote d’une sincère amitié.Tu as, à nouveau, l’assurance e la mienne.

Avant cela, j’ai pris le soin d’écrire à mon collègue via Twitter lui demandant de publier mon commentaire par besoin de transparence (et de mon point de vue, d’éthique) :

 

 

 

 

 

 

Je ne vous cache pas ma déception face à cette succession des faits, je n’imaginais pas que je pouvais provoquer ce sentiment chez notre cher collègue au point qu’il refusa de publier mon commentaire.

Je suis désolé pour notre collègue, comme je l’ai dit, sur certains aspects son argumentaire est valable, mais pour clore un débat, il faut déjà que toutes les parties aient la possibilité de parler…

 

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.

34 Commentaires

  1. Serge, je partage ta « transparence ». Je pense que lorsque l’on décide de se joindre à une organisation, aussi minime soit-elle, c’est pour accepter et s’adapter à ses règles. On pourrait déplorer l’organisation ou la communication du groupe mais il est encore plus grand d’entreprendre le dialogue au lieu de vouloir absolument avoir raison. La vie en communauté c’est celà. Les organisations se bonifient avec le temps,comme le vin. 😉 . Désolée pour lui

  2. Serge sur ce point tu as raison et je suis désolé que mon ami ait refuse de publier ton commentaire. Je dois l’avouer, je suis de ceux qui partagent son coup de gueule, mais cela ne l’autorise pas a cacher ton commentaire.
    Félicitation Serge pour ton sens de l’équilibre.

  3. J’ai lu les deux billets,le tien Serge et celui de Debellahi.IL y a déjà un conflit intergénérationnel entre vous et deux visions de la gestion d’un groupe à l’extérieur. Notre ainé Mondoblogueur qui n’a pas pu trouvé de l’écoute à Grand-Bassam a déçidé de s’exprimer par écrit sur la place publique à travers son blog.Toi,Serge.Ton commentaire est un fait un Droit de Réponse à son article publié… PS.Je pense sincèrement que les Mondo-lecteurs et lectrices ont trouvé cet échange entre deux mondoblogueurs franc,direct et cordial.Une véritable petite Révolution à Mondoblog.

  4. Eh bien… Juste un mot, pour m’étonner également que ton commentaire n’ait pas été publié. Chacun a sa manière de gérer les commentaires sur son blog, en fixant ses limites. Cependant, si je perçois la raison pour laquelle le tien ne l’a pas été (« Je n’ai pas dit que tout le monde a dit ceci ou cela.Il faut revoir ce que j’ai dit « , a-t-il écrit dans son mail), je ne suis pas pour autant d’accord avec cette non-publication. Néanmoins, en parlant de limites, son mail étant privé, aurais-tu dû le publier ? Bref.

    1. Je ne sais pas Mylène, mais je considère que son mail est en réponse à mon commentaire, donc si je publie mon commentaire, l’équilibre me recommande de publier son mail…
      Moi ça ne me derange nullement qu’il écrive ici aussi pour me dire ce qu’il pense de ce billet, mais sa façon de clore unilateralement le débat m’a frustré…
      Pour ce qui est de la politique de modération, mon commentaire n’est ni insultant, haineux, raciste , xénophobe, homophobe, antissémite ou irrespectueux.
      Alors pourquoi le garder  » au chaud » quand on a soi-même déballer les quatre vérités sur la formation?
      De plus, il n’a pas tout a fait tort dans ses propos, donc, je ne vois le pourquoi de cette censure ni l’agressivité de ses twitts qui m’ont choqué…

  5. Sur ce fait, je te donne raison. On peut bloquer un commentaire lorsqu’il est injurieux grossier ou autre.
    Mais pas lorsqu’il contredit notre argumentation ou notre analyse des situations. Prendre le risque de publier un billet c’est également être prêt à s’engager dans un débat, sinon vaut mieux le mettre dans un journal intime. on ne peut valider les  » bien dit mon frère ohh billet super! » et bloquer les « beh ton papier aujourd’hui n’est pas top ma copine ». Ça ne marche pas comme ça; ça ne devrait pas marcher comme ça.

  6. J’aimerai savoir si apres votre formation vous faites l’evaluation de ce qui a marché et de ce qui devra changer J’espère? Il faudrait comprendre la fustration du frère cependant en publiant toutes ses reclamations il devait s’ attendre a differentes opinions car ça evoque deja un sujet polemique.

    1. On fait effectivement des évaluations où tout le monde peut dire ce qui a marché ou non… ainsi on peut changer. Après, s’il y a des chocs culturels, c’est autre chose…

    2. Oui, l’évaluation d’une formation c’est une règle. Je n’ai assisté qu’à la dernière mais selon un collègue qui était à la première saison, ça s’est beaucoup amélioré. Mais de toute façon, on ne peut pas contenter tout le monde. Après, sur ce qui est de la logistique, les malgaches disent : « c’est pas facile d’organiser les choses », mais si Dieu le veut, il y aura des prochaines fois et ça ira de mieux en mieux.

  7. Et sur le truc des commentaires. A mon avis tout se passe conformément aux règles en vigueur. Un blogueur a le droit de choisir la publication ou non des commentaires sans avoir à se justifier de son choix; que le commentaire lui convienne ou non.
    Dans notre cas, le commentateur en question est un autre blogueur. Si c’était un spammeur ou un troll, l’histoire se serait terminé là-dessus. Mais comme c’est un vrai blogueur, il nous gratifie de ce bel article. Tout est bon!

    1. En fait, les règles d’Internet ou mieux, « l’esprit d’Internt » demande que l’on publie tous les commentaires par honneteté intellectuelle , surtout si c’est contraire à notre argument. Tiens, par exemple, j’aurai pu ne pas publier ton commentaire, puisqu’au 3/4 il est contraire à mon argument…
      Mais comme tu as dis, comme je suis un blogueur aussi, j’ai un espace pour exprimé ce qui m’est interdit ailleurs..

  8. je reste sans voix avant de dire moi, j’analyse, je scutre minitieusement avant de revenir vers vous, mais il semble que mon commentaire n’est pas aussi passé sur le blog de mon ami ABDELJELIL

  9. J’aime bien les débat de contradiction, surtout entre ces deux brillants mondoblogueurs très actifs par leur commentaire sur la plateforme.
    mais dans ce cas est ce que trop de liberté d’expression sur le web ne tue pas la liberté d’expression sur le web. car sur le web il n’ya pas de limite
    comme tu l’as si bien dit plus « on est un peu victime de la société de l’information, de la logique même des réseaux, du buzz… enfin, chacun fait ses choix »
    Voila pourquoi un blog a au moins un administrateur et cela à bien son sens.

    Alors selon vous un blog personnel doit être subjectif ou objectif ?

    1. Il faudrait un psychiatre pour nous dire ce qui subjectif ou objectif. Le travail du modérateur est de contrôler les écarts de langages, les injures, les crimes, etc. Je me souviens avoir commenté un jour le blog de JR, il m’a répondu par e-mail, mais il a tout de même publié mon commentaire… je crois que c’est la moindre des choses. Et pour le reste, on est effectivement victime de la logique des réseaux , du buzz , etc.

  10. Cher Serge, enfin je puis m’exprimer sur la question. Avant tout Bravo pour ton courage. Tu as pris soin de donner ton point de vue à propos du billet le plus poignant que jamais je ne l’ai lu à Mondoblog. Tu jouis de ta liberté de pensée et d’expression en bon affranchi. Je pense qu’il est grand temps pour la famille mondoblog de faire une petite révolution en mettant au point une plateforme interne aux mondoblogueurs où certains billets personnels, buzz pourront être postés afin d’éviter la frustration ou le départ de certains, tout peut être dit, mais tout n’est pas diffusable en public. Et le texte polémique, et ta réponse lucide, tous ces coup de gueule « relativement » utiles devraient être postés là-bas… tout de même merci

    1. Oui, je suis d’accord, une discussion internet était préférable.
      Maintenant, certains me tiendront pour responsable de quelque décision prise par -ci , par-là … dommage !

  11. Eh bien moi j’arrive trop tard et je n’arrive même pas à lire le billet en question, ni même son blog. Est-ce une erreur temporaire ou a-t-il déjà quitté la plateforme pour toujours?
    Très bonne réponse en tout cas!

    1. Et bien, je te le livre, le fameux billet;
      « Voir Grand Bassam et revenir !

      Il m’a fait un énorme plaisir de voir les participants à la troisième session de Mondoblog, rivaliser en éloges, au sujet de cette idylle qu’a été cette manifestation annuelle, organisée cette fois à Grand Bassam, distant d’une trentaine de kilomètres de la ville d’Abidjan. Certains se livraient même à une publicité gratuite pour l’hôtel qui était le lieu de séjour et de formation.
      Ayant une autre lecture de l’événement, j’ai préféré ne pas communiquer sur le sujet, en attendant que cette grande euphorie s’estompe et que la température baisse, pour livrer comment j’ai vécu, partiellement seulement, l’événement en question. J’ai longtemps hésité à le faire, mais je n’ai pu résister au besoin de m’en libérer, de crainte d’être qualifié d’ingrat.

      Quand j’ai reçu la lettre d’invitation à la « …formation d’initiation au journalisme et aux outils numériques du 02 au 12 mai à Abidjan en côte d’ivoire », signé de la main du très habile Ziad Maalouf, alias Grand manitou, j’ai éprouvé un plaisir énorme d’avoir l’honneur d’être invité par la France à travers son ambassadeur mondialisé : RFI. Mon plaisir était renforcé par le sentiment que les efforts que j’ai soutenu pendant six mois, rien que pour avoir accès à cette formation, n’ont pas été vains. Je ne pouvais aussi qu’apprécier l’effort qui est fait, en respect à la tradition d’hospitalité française, en terre d’Afrique en plus, pour que mon séjour soit facilité et rendu agréable : « votre transport, votre séjour et tous les frais sont pris en charge par RFI et ses partenaires ». C’était d’une générosité rarissime de nos jours, par ces temps de vaches tristement maigres.

      Dès que j’ai confirmé ma disponibilité à y aller, les choses sont allées assez vites. J’ai reçu les informations et modalités d’obtention du visa (si nécessaire), le billet d’avion, ainsi qu’une attestation d’assurance ne portant aucune signature. On m’a quand même rassuré, qu’une carte ‘’plus officielle’’ et suffisamment sécurisante me ra remise une fois sur place. Une fois sur place, je ne l’ai pas réclamée.

      J’ai effectivement pris l’avion le 01 mai, à destination d’Abidjan. Un vol de la compagnie Air Cote d’Ivoire, où on m’a parlé quasi-exclusivement anglais. Ça commençait bien pour quelqu’un qui quittait un pays francophone à destination d’un autre, à bord d’un avion de la compagnie du second, invité pour perfectionner sa francophonie pour mieux la servir.

      Je suis « bien arrivé », comme on dit dans la région, et comme prévu, ‘’le fixeur’’ était là, à l’attente. J’étais parmi les rares premiers invités, déjà arrivés. On m’installe dans une chambre-cabane assez convenable. Je me suis endormi, moi qui venait du Sahel avec son Harmattan, comme un bébé sous le son des va et vient des vagues. C’était une nuit tranquille.

      Le lendemain les choses vont changer. Alors que j’implorais les restaurateurs, après le dîner, pour trouver un café et une bouteille d’eau, que je payais rubis sur ongle, on vint me chercher pour me dire : « nous voulons la clé, votre copain est arrivé ». Je me suis aussitôt exécuté, tout ahuri que je suis d’apprendre que j’ai un copain commis d’office. Sachant que la chambre est à lit unique, je n’ai pu m’empêcher de penser au récit de David Kpelly « Comment boire des Flag avec une tchadienne, sans se retrouver dans le lit d’un Nigérian ». Moi, je n’ai pas trouvé de café, et je vais avoir un béninois dans mon lit.

      Cette nouvelle donne me mettait dans une situation particulièrement embarrassante. J’ai fait des internats à tous les cycles de ma longue scolarité, j’ai voyagé et fréquenté des auberges et hôtels de standings variés, mais durant ma vie de quinquagénaire, je n’ai jamais partagé un lit sans mon consentement, et celui l’autre personne. On devait, comme on dit, respecter mes orientations …personnelles, sans parler des considérations religieuses qui ne concernent, en définitive, que moi.

      J’ai remué mes faibles méninges, pour trouver ‘’une sortie de crise’’. Sans aviser l’équipe de rfi, ou lui faire la moindre supplication, observation ou réclamation, je me suis rabattu sur le Gérant de l’Hôtel qui, à ma grande chance, était du Sénégal. Nous avions sympathisé à mon arrivée, grâce à mes quelques mots de Wolof (dialecte sénégalais), en lui rappelant une expression avec laquelle les sénégalais taquinaient les maures de Mauritanie. Ils nous appelaient « ‘’Narou guennar, amoul toubey’’ : le bédouin maure sans pantalon ». A ma demande, il a eu la délicatesse de m’installer un matelas, à même le sol, dans le coin nord-est de la cabane, sur lequel je me recroquevillais, au risque d’un torticolis, durant les trois nuits que j’ai pu tenir dans cette situation de ‘’clandestin-invité’’.

      Tant bien que mal, j’allais chaque jour m’efforcer, malgré ma déconvenue occasionnant un déficit de sommeil stressant, de tirer ce qui pouvait l’être des exposés et des ‘’leçons’’.

      Il s’agissait plutôt de ces dernières, car Manitou nous disait qu’il ne blaguait pas, et qu’il nous avait demandé « d’amener quatre merdes », ce sont ces propos, alors qu’il avait remué et ciel et terre, consentit des efforts surhumains avec son équipe, pour nous amener là où nous étions. Etait-il conscient qu’il m’a amené dans un coin de case, recroquevillé, comme si avec ma barbe, on m’avait considéré Taliban, et on me préparait à Guantanamo ?

      Je suis en droit d’en douter. Un merdeux doit s’estimer heureux là où j’étais, il pouvait être mis aux chiottes. Surtout s’il a le profil parfait des « clandestins », comme l’affirmait Manitou, en expliquant l’impossibilité d’organiser la formation en France. Pour lui, les blogueurs qui étaient là, avaient les caractéristiques complètes de ceux qui ne cherchent qu’un tremplin pour rester en France : des clandestins potentiels.

      Je me suis vraiment posé l’interrogation suivante : à quoi peut me servir cette francophonie si elle ne peut pas constituer pour moi un passeport pour le Monde francophone tout entier, a fortiori pour la seule France. On me dira que « diplomatie française » applique des critères. Je n’ai pas demandé à aller en France, j’espère ne jamais en avoir besoin un jour, et ces critères ne donnent à personne une raison valable de m’insulter publiquement. A mon âge, tous les participants, et l’équipe de rfi avec, pouvaient être mes enfants, s’ils avaient tout simplement la guigne.

      Ce climat, auquel s’ajoutent les conditions peu convenables et inconvenantes dans lesquelles j’étais installé, m’a fait prendre la décision d’écourter mon séjour paradisiaque. Je l’ai fait sans tapage et sans ambages. Depuis mon arrivée à Bassam, j’ai évité d’avoir le moindre contact avec la nommée Manon qui m’avait déjà copieusement manqué de respect par courriel, tout au début de ma ‘Mondobloguisation » en octobre 2013. J’avais encaissé et laissé passer, son chef m’ayant infligé, lui aussi, une véritable correction, et mon objectif étant de me former et de m’informer et non la belligérance. Je me suis donc adressé à la ravissante Raphaëlle.

      C’est elle qui était en contact avec nous depuis le début pour l’organisation du voyage, en lui expliquant que j’avais des problèmes ‘’domestiques’’ qui m’obligeaient à prendre le premier vol pour Niamey. Avec un visage glacial, et une attitude indifférente, elle eut l’énorme gentillesse, la grande adresse, et la parfaite délicatesse, de trouver un bout de papier quelque part entre les tables du restaurant et la cuisine, pour m’y griffonner le contact de l’agence de voyages auprès de laquelle ils avaient acheté le billet. A son actif aussi, elle n’oublia pas de me préciser que les frais étaient à ma charge. Heureusement qu’à mon âge, on ne se sépare jamais d’un Joker. En plus de mon Joker, il y avait ‘’mon’’ sénégalais. J’utilise le possessif, pour cause d’amitié, de voisinage, voire de cousinage. L’administrateur colonial ‘’Xavier Coppolani’’, dans son rapport de 1899 « ma mission au Soudan Français » n’avait-il pas dit que le maure a toujours besoin de son nègre, et le nègre a toujours besoin de son maure, comme le blanc et le noir de l’œil.

      Mon sénégalais a tout organisé, pour que je puisse aller régler mes problèmes « domestiques », que mes hôtes n’ont pas eu la curiosité de s’enquérir, hospitalité oblige, de leur niveau de gravité. Il avait même, généreux qu’il est, pré-financé mon billet. Il a organisé mon acheminement, par taxi et à l’heure convenue, sur l’aéroport. Manitou, la veille au soir, sans que je lui demande quoi que ce soit, me l’avait promis du bout des lèvres : « nous allons en ville demain, nous pouvons, peut-être, vous déposer sur la route ». Quelle route ? Je n’avais jamais posé la question, et lui, il avait vite oublié.

      Comme dit au début, j’ai hésité à parler de mon séjour. Mais comme tout le monde a décrit le sien, je me devais de faire de même. Certains n’apprécieront certainement pas. Je ne relate pas ces choses pour qu’on apprécie ou qu’on réprouve, mais pour qu’elles se sachent.

      J’ai voulu Bloguer pour exprimer ce que je veux, quand je veux, dans les limites des lois et des bonnes manières. Mais je ne vis ni de BLOG, ni que pour lui. En outre, si la francophonie est celle qui ne sait pas nous respecter, nous invite sans avoir les moyens de nous accueillir, et nous dit « parlez notre langue, comportez-vous comme nous, mais restez chez vous jusqu’à ce que Ebola ait raison de vous dans trois mois», comme le prévoit Jean-Marie Le Pen, je vais me mettre au Haussa. Je l’écoute déjà sur rfi, mais je peux aller aussi sur le site. Je mesure bien la portée de ce que j’écris, et en assume les pleines conséquences.

  12. Je veux bien dire mes mots sur le sujet. Justement, ils me manquent comme l’eau dans un désert. Ils sont très précieux pour les gaspiller ici. Serge. N’en fait pas un sujet de billet. C’est comme avec le #cafétouba…
    Désolé du depart de l’ami inconnu, mais bon, c’est aussi cà la famille. Chacun devra choisir ses mots. J’ai recu cette notification de non selection de Mondoblog (Desolé Aly, tu n’es pas selectionné) puis (ha je me souviens, tu es ivoirien,alors tu peux venir suivre la formation, mais sache qu’on peut pas te nourrir)…Sérieusement, pas très  »Poli » ce type de phrase surtout venant de #mondoblog où j’écris « bénévolement » avec enthousiasme…Mais pour moi  »chacun à sa juste facon de dire les choses ». Car dans le fond,  »c’est pas mondoblog qui me paye le Garba quotidien. Mais quand j’ai eu du temps, j’ai pris mon temps et mon argent pour aller voir vos vieux visages et manger pian votre nourriture…parce que y a rien en face…N’est ce pas manon? Et je suis reparti heureux. Ziad, le Manitou, m’a meme offert son tableau d’Ambassadeur du toutisme ivoirien…Voila qui est bien non.

    Une chose est sure, les événements sont là pour qu’on en tire des lécons…Et je suis convaincu que l’avenir sera mieux geré.

    L’ami tu es parti, mais ton souvenir restera.
    SIRABADA

    1. lol, tu dévoiles ici que Z. n’a pas gardé son tableau … lol, eh, bien, moi non plus ! N’est-ce pas Daye? 🙂
      Tu as bien mangé même , et on a été heureux de te voir, personnellement surtout après que tu m’aies fait visité Grand Bassam, justement… meilleur guide que toi, y a pas !
      Eh oui, pas très top le message de Mondoblog… 🙁

  13. Serge, je dirais juste qu’il y a beaucoup à faire sur le coté famille et communautaire de Mondoblog, on ne peut réunir des personnes de différents horizons et vouloir une uniformisation…le respect entre nous est très important dans les relations humaines et il ne serait pas de trop dans ce monde de blogueurs qui viennent d’horizons différents! « avoir les cheveux long est un choix, sinon les lames ne coutent pas cher » dit un proverbe de chez moi!
    La tournure des faits, m’a beaucoup attriistée,
    Salam Serge et Abdellahi

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