J’ai perdu ma « virginité »

https://www.flickr.com/photos/midianinja/11843924923/sizes/m/in/photostream/Une marche pour la légalisation en Uruguay, crédit photo: midianinja/ Flickr.com
https://www.flickr.com/photos/midianinja/11843924923/sizes/m/in/photostream/

Une marche pour la légalisation en Uruguay, crédit photo: midianinja/ Flickr.com

Comment vous dire ? En cinq mots : « j’ai perdu ma virginité ce week-end ». Et je dois dire que ceux qui ont partagé ce moment avec moi étaient assez moqueurs et parfois pantois de constater mon innocence en la matière. Certains avaient cinq ans de moins que moi, même si c’est un détail qui ne compte plus de nos jours. Mais, tout de même, 28 ans pour découvrir les nuages, c’est bien tard.

Ce week-end a été agité au Brésil, notamment à São Paulo où quelques milliers de manifestants sont sortis dans la rue demander la légalisation du cannabis. À ne pas confondre avec la dépénalisation, bien sûr. La différence réside souvent dans le rôle que l’Etat est appelé à jouer dans l’encadrement de la consommation.

Il me semble que dans ce débat, l’hypocrisie est la règle, pas la raison. Je m’explique. On crie nuit et jour dans les médias ou les universités que fumer un joint est un crime, que c’est dangereux… les partis politiques de droite nous rabâchent à coup de slogans qu’il faut combattre le trafic, mais dans les faits, tout le monde s’en fout.

Le débat ne sert vraiment qu’à récolter des voix pendant les élections. D’autant plus que les plus grands consommateurs sont les enfants des riches, ceux-là même de la classe moyenne. Certains ont même des parents dans le gouvernement ou dans l’opposition.

Mais, la vérité, c’est que tous consomment. Parfois, en présence de la police. Si vous voulez, disons qu’ils sont « encadrés ». Et il n’y a pas mort d’homme.

Combien de gens parlent du cannabis sans savoir vraiment de quoi il s’agit, ignorant même jusqu’à son odeur ? L’honnêteté du chercheur et du blogueur m’a poussé à vouloir savoir de quoi il en était vraiment…

Il me semble premièrement que si les débats autour de la consommation (même contrôlée) du cannabis sont houleux, cela est dû à l’instrumentalisation politique de la chose. Car on nous présente le cannabis comme étant une substance ultra-dangereuse, balivernes!

Deuxièmement, de quoi parle-t-on vraiment quand on demande la légalisation? Pour moi, il existe des drogues légères. Elles ne causent pas toutes les mêmes effets que le crack. De plus, tout semble être une question de dosage. Sauf pour le crack.

Criminaliser peut ajouter des problèmes au lieu de les résoudre, comme pousser les jeunes à opérer dans l’illégalité… et ils sont bien jeunes à s’engouffrer dans ce « petit monde ».

Ensuite, on revient souvent sur l’argument de l’addiction qui, à la longue, aboutirait à la transformation du problème en une question de santé publique. Mais, on sait bien qu’il existe plusieurs autres types d’addictions, des addictions bien plus dangereuses et personne ne s’en occupe vraiment… souvent pour des raisons économiques. [PDF, rapport OMS sur la consommation de l’alcool]

Je sais bien qu’en Afrique, il est encore trop tôt pour penser à légaliser, car la population est encore très conservatrice en rapport avec le cannabis (le facteur culturel doit aussi être pris en compte), mais si aujourd’hui, je devais m’engager dans un camp, je choisirais celui de la raison et en avant pour la marche de la légalisation… Et vous?

 

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.

29 Commentaires

  1. je ne le ferai pas Serge car je pense que la loi doit protéger les citoyens contre les dévastations que peuvent provoquer cette plante chez l’etre humain à un certain niveau de consommation. une fois légalisé , il serait difficile d’avoir un contrôle sur l’usage qui en est fait.

  2. Tu vois où le cannabis t’emmene Serge? Dernierement j’ai tenté de faire la morale a un americain lui explicant les effects nuisibles de la Marijuana mais celui ci me surprennant me disant qu’il etait medecin et que je devais faire attention car la grande majorité des personnes qui fument sont des haut niveaux et de fois haut cadres. Juste pour ton information il est medecin avc comme specialisation cardio pulmonaire et il te fument du chamvre du matin au soir. Si on legalise ceci au bresil son marché pourrai baisser il faudrait qu ‘elle continue illegal pr que d ‘autres personnes s’ en richissent.

    1. c’est bien ce que je dis… tout le monde consomme… alors pourquoi interdire, si déjà là personne ne remarque que la moitié de la population est « down »… alors, où le danger?

  3. Titre racoleur ! C’est lamentable Monsieur Katembera, je croyais que le sujet allait être autre chose!!!
    Non je rigole 🙂
    Débat intéressant bien sûr. Moi je suis d’accord avec toi. Je ne suis pas un consommateur de cannabis mais je me suis informé et je crois que l’alcool pose un bien plus grave problème de santé publique que le cannabis. Ce sont des attitudes culturelles et « morales » qui empêchent les choses d’évoluer dans la bonne direction. Je ne me mettrai pas à fumer du cannabis le jour où ce sera légal (j’ai déjà essayé, j’avoue, donc je ne suis pas « vierge » non plus haha), pas plus que je fume du tabac parce que c’est légal.

    Bon dimanche soir et… bon voyage!!! 🙂

  4. On commence google friendly et on termine jenesaisquoifriendly !
    Eh, francophone, tu aurais pu nous en dire plus sur ce premier pétard, non ?
    Et une question : le billet est écrit avec ou sans effets spéciaux ?
    Sinon oui, le problème dépénalisation – légalisation. Il faudrait aussi pour compléter le débat poser la question du marché du « travail » alimenté par le trafic. Je n’ai pas es statistiques, mais dans certains quartiers de France l’économie parallèle est celle qui permet la survie d’une majorité de la population.
    Excellent billet comme d’hab…
    Sourire

    1. Mon premier pétard restera une expérience intime… 🙂
      C’est vrai que j’ai dû attendre les effets passer pour lever la tête et taper sur mon clavier… j’imagine en effet qu’une économie parallèle se crée derriÈre tout ça et l’Etat en est en partie responsable. Mais une chose est sûr pour moi, le cannabis ne nuit pas à la santé et il est encore moins un problème de sécurité publique …

        1. Merci Nathyk pour cette question car je me suis aussi demandé si Serge a fait une revue scientifique avant de s’engager sur un tel chemin… moi j’ai eu à faire un mémoire de fin d’études en psychologie sur l’addiction au Tabac et cela a suffit pour savoir que toutes les addictions sont nuisibles.

          1. Que je sache, les études montrent que l’addiction est génétique, soit tu y es prédisposé soit tu ne l’es pas…
            C’est ce qu’indiquent les nouvelles recherches en la matière.

        2. Aucune recherche scientifique de ma part, juste des témoignages ici et là des gens qui consomment depuis des années, y compris des grands professeurs , des bons chercheurs, etc.
          Quant à moins, je consomme beaucoup d’alcool mais je ne suis pas alcoolique, tout comme apres cette « perte de virginité », je ne risque pas de devenir addict au cannabis…

          1. Mon cher Serge, l’addiction n’est pas que génétique ! En psychiatrie, il y a toujours plusieurs facteurs et en addicto. C’est la rencontre de 3 : Personne (avec son bagage génétique, sa personnalité…), Environnement (milieu avec toutes influences psychologiques et autres) et Produit (et crois moi le cannabis est bel et bien une substance psychoactive et addictive, elle entraîne une très forte dépendance psychologique). Maintenant comment la personne pourra savoir à l’avance qu’elle développera une addiction ? Comment saura t’elle si elle sera parmi celles qui en feront un usage abusif (c qui est différent de l’addiction) ? Comment saura t’elle si elle développera un trouble psychiatrique avec symptômes maniaques, délirants ou même schizophréniques ? Personne ne peut le prédire, ni la personne, ni le médecin, ni l’Etat. Mais il est clair que si on attend que tout ça se déclenche pour prendre des résolutions et bien c’est faire montre d’une grande négligence en matière de santé. Il y a une différence entre ce qui est juridique et la santé mais tout au moins, la justice devrait s’appuyer de l’avis d’experts et c’est le cas en psychiatrie où souvent nos équipes sont sollicitées pour expertise. Mais le fait que le policier ferme les yeux, que le président des US ait pris un ou qlq joints dans la jeunesse, que certains médecins se saoulent ou fument, que tu prennes le cannabis une fois sans que rien ne t’arrive ne signifie en rien qu’ une substance est inoffensive. Tu bois certes de l’alcool, tu ne deviendras peut-être jamais alcoolique, tu ne commetras peut-être jamais d’abus, tu n’auras peut-être jamais une ivresse pathologique, tu n’auras peut-être jamais un trouble psychiatrique maniforme ou autre, tu n’auras peut-être jamais un cancer du foie, une cirrhose ou une encéphalopathie alcoolique ou un delirium tremens ou même une démence alcoolique mais sais tu combien dans le monde en souffre à cause de cette substance. Alors le fait tu n’aies encore rien ou que ton entourage témoigne n’avoir rien ou que 80% de la population en consomme même les hauts placés signifie t’il que c’est une substance non nuisible à la santé ?
            Pour finir sur le cannabis spécifiquement, cherche la CIM 10 (classification internationale des maladies 10è version de l’OMS), les troubles psychiatriques sont classés sous le code F, parcoure le et tu verras bien le mot cannabis en noir sur blanc à plusieurs reprises selon les troubles qu’il peut entraîner. La DSM IV ou V, classification psychiatrique américaine en parle aussi, même l’INSERM des français en parle. Alors si ça ne nuit pas à la santé, pourquoi est-il fait mention dans les classifications des maladies ? Et encore, cherche la définition la plus récente de l’OMS sur la santé. La santé n’inclut pas que le physique, elle est aussi mentale, sociale…
            Merci Faty, je sais bien tout le mal que les psychologues ont quand il s’agit d’aider un patient à se déconditionner !!!
            T’inquiète Serge, je travaille avec mes maitres qui sont addictologues, professeurs agrégés en plus de mes patients et je sors actuellement d’un séminaire, je ne peux me tromper. D’ailleurs pour mes maitres, cannabis ne rime pas du tout avec drogue douce vu ses effets sous nos contrées. Maintenant les USA font ce qu’ils veulent mais ils ne sont tjrs un exemple à suivre.

  5. Et moi qui pensais lire … 😉
    Comme beaucoup d’autres sujets, les gens s’engagent dans des débats vains et au final inutiles. Car légalisé ou pas, la pratique sera continue. A quoi celà sert-il donc de jouer aux hypocrites? Et c’est le cas pour bien des sujets de ce bas monde.

  6. En tant que psychiatre, je dirais tout simplement que quand je conpte le nombre de schizophrène que je reçois et le nombre de délirants aigus… beaucoup ont consommé du cannabis à court ou à long terme. Combien d’addicts je reçois, énormément. Et non, tu ne peux t’appuyer sur la quantité pour dire si ça va être dangereux ou pas. Le mécanisme de l’addiction ne fonctionne pas comme ça ! Sans parler du syndrome amotivatiobnel que le canbabis provoque.

    Je le vis en tant que médecin et en tant que victime aussi car cette substance a failli détruire ma famille, plus de 20 ans de bataille… Alors, vouloir s’improviser médecin ou toxicologue pour déclarer que cette substance n’est pas dangereuse, je dis attention Je parle en m’appuyant sur des faits scientifiques pas sur des opinions sociales. Et ça fait belle lurette que lien entre cannabis et schizophrénie est établi ! Et c’est des familles et patients qui souffrent chaque jour que je reçois.
    C’est pas parce que le tabac et l’alcool sont socialement admis qu’il faut croire qu’ils sont moins dangereux, oui. Mais ce n’est pas une raison pour admettre une 3è substance, sauf sur forme médicale (càd pour ses vertus tout la morphine, médicament antalgique, dérive de l’opium).

    1. Nathy, je serai toujours tente de suive l’avis d’un médecin. Le cannabis est effectivement, d’après une abondante littérature, un produit nocif pour la santé. En tout cas, il vaut mieux ne pas y toucher.

      Mais crois-tu que la prohibition est la réponse au problème? Pour l’alcool, cela a déjà été tenté dans l’histoire récente, et cela continue de l’être dans un certain nombre de pays. Pourtant l’alcool existe même là où il est interdit, même en Iran et en Arabie Saoudite… Je ne suis pas sûr que la pénalisation d’une activité commerciale soit une réponse adéquate. Cela génère des trafics et toute une activité clandestine voire criminelle.

      Bref, je n’ai pas d’opinion catégorique sur la question mais je m’interroge simplement. Autour de moi, tous ceux qui veulent fumer du cannabis s’en procurent sans difficulté. Ceux qui ne fument pas (comme moi) ne s’abstiennent pas parce que c’est illégal, mais par manque d’intérêt ou d’envie. Dans ces conditions, à quoi sert un tel interdit? On ne peut pas interdire aux gens de se faire du mal (et de payer pour ça). Des décennies de campagnes anti-tabac, d’informations sur les cancers et toutes les maladies du tabac, n’ont pas fait disparaître le tabagisme. Je suis perplexe, mais c’est la triste réalité.

      Enfin je te dis tout ceci pour contribuer au débat, certainement pas pour contredire ton avis très documenté sur le sujet.

      1. j’ai voulu aussi indiqué dans l’article que j’ai vu des centaines de personnes fumer en présence des policiers…selon ce qu’on m’a dit, porter une certaine quantité peut valloir l’arrestation, mais juste un joint comme ça… la police ferme les yeux et te laisse te défoncer en paix…

      2. Ton point de vue est intéressant JM. Même en addicto, c’est pas le médecin qui impose au patient d’arrêter. La décision doit être personnelle mais peut être stimulée par un entretien motivationnel où il expose à la personne toutes les options, qu’elle étudie les pour et les contre et qu’elle fasse face à son présent et son avenir… avant d’entamer la cure. Mais encore, les neurosciences nous montrent que les mécanismes de l’addiction sont plus complexes que ça et ne dépendent pas toujours dû bon vouloir de la personne….
        Par rapport à ça, je pense l’interdiction limite les dégâts mieux que la légalisation. Même s’il n’y a pas de remèdes efficaces, peut-être que l’éducation dans le cadre IEC (information éducation communication) est une méthode plus efficace. L’homme est attiré par ce qui est interdit, ce qui fait mal… ne doit on pas interdire la pornographie des mineurs, même si on sait que des millions y participent soit en faisant, soit en visionnant, doit on laisser des armes à feu à la portée des civils comme aux US, malgré le nombre croissant des victimes, parfois des enfants, doit on interdire des substances qui nuisent à la santé sachant que les ados en sont de très grands consommateurs ?
        Des questions très intéressantes.
        Pour le cas du Sénégal, l’alcool n’est pas religieusement et socialement accepté. Des musulmans se cachent pour boire mais le pourcentage est très bas par rapport au Cameroun où boire est très encouragé.
        Même si l’interdiction n’est pas à 100% efficace, je ne peux être pour la légalisation. Je pars dans l’optique que je voudrais limiter le nombre de patients et les sommes investies dans les domaines de la santé où la prévention est encore possible.

    2. Merci pour cet avis éclairé du médecin pour me ramener à la raison , he he …
      Oui, mais je trouve que ce sujet est loin d’être tranché, aux états unis, ils sont en train de légaliser n’est-ce pas? Bon, c’est sûr que Bob Marley était schizophrène…
      Sinon, es-tu certaine de ne pas confondre cannabis avec cocaine ou autres substances bien plus addictives?

  7. Trois avantages de la légalisation: 1. Plus de contrôle sur ce qui est vendu, sur ce que ça contient vraiment, par rapport aux saletés pouvant se retrouver dans la contrebande; 2. Pas de vente aux mineurs; 3. Ca en moins de recette pour les mafias en tout genre. Un inconvénient qui fait que je ne suis pas vraiment pour: le banaliser et en faire une habitude « je passe m’en acheter un en rentrant tranquillement à la maison »… Car on a beau dire, ce n’est pas tout à fait comme une cigarette « classique », et ça a de vrais effets néfastes. Un bonne amie n’arrivant pas à décrocher me dit qu’heureusement que c’est interdit sinon elle passerait sa vie à fumer. Le fait que ça soit souterrain et « plus compliqué » à obtenir la limite….

    1. Super commentaire, très dosé… enfin, il faut toujours relativer sa propre persective… 🙂
      mais c’est clair, la consommation pour moi doit rester quelque chose de récréatif, parce qu’il faut tout de meme… travailler…

  8. Travailler…?? Il y a des gens qui travaillent très bien après une petite taff. Ils sont concentrés et focalisés dans leur activité( travail, études etc.); d’autres par contre disjonctent complément. Ils n’arrivent pas à fixer leurs idées sur un sujet x dans une réflexion solitaire. Le plus souvent, durant les premières heures après taff, les pensées sont ici et là… pas moyen dans ce cas de mieux travailler et d’apporter des résultats efficaces.
    Mais toujours pour ce qui est du travaille sous les effets d’une substance quelconque: En première année de mes études des mathématiques appliquées, il m’arrivait de ne pas pouvoir mieux travailler travailler sur mes cours de math ou physique sans bière à coté.
    Sur ma table de travail, outre mes notes et livres, un verre et une bouteille d’un litre et demi de чернівське( chernivske) ou львівське(lvivske), bières d’Ukraine…
    Sur question de légalisation ou pas, le libre choix domine toujours.

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