Traité de cynisme politique

http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Alexander_and_Aristotle.jpgAristote et Alexandre le Grand/ Wikimedia Commons/ Charles Laplante
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Aristote et Alexandre le Grand/ Wikimedia Commons/ Charles Laplante

J’ai décidé d’écrire un livre. La pression a été trop forte de la part d’une partie de mes lecteurs africains fatigués de me voir publier des textes sur le Brésil – où tout va bien – ou l’Amérique Latine. Ce livre s’appellera « Traité de cynisme politique ».

Ainsi comme Le Prince de Machiavel, il ne s’agira pas d’un mode d’emploi déstiné à enseigner aux gouvernants comment mater leurs citoyens, mais bien d’une « leçon pour les peuples ». Quoi? Vous n’avez jamais lu Le Prince de cette façon?

La raison pour laquelle j’écrirai ce livre/traité est simple: mon intention est de proposer aux Chefs d’Etats africains de nouvelles méthodes de perpétuation au pouvoir; des méthodes moins dramatiques que celles employées par Bouteflika… nous seront donc en mesures d’éviter certains dilemmes moraux.

Des méthodes moins incendiaires que celles que Joseph Kabila a l’intention d’adopter. Pour Yayi Boni, Paul Biya et les autres ce traité sera très utile pour améliorer leur image tant à l’interne qu’à l’international.

http://commons.wikimedia.org/wiki/Image:Spinoza_Tractatus_Theologico-Politicus.jpg?uselang=it

Couverture du Traité politique de Spinoza/Wikimedia Commons

Mon Traité de cynisme politique pourrait aussi bien s’intituler « Comment durer comme Poutine, Lula ou Bachelet? » ou « L’art de changer pour recommencer« .

Franchement, ce qui fait défaut à Bouteflika, Kabila, Biya ou Yayi Boni c’est juste un peu d’imagination politique. Pourquoi enchaîner 4 ou 5 mandats de suite quand on peut partir – deux ou trois ans en vacances – et revenir de plus belle avec en plus la légitimité démocratique?

Tenez par exemple, Poutine. Après deux ans de mandat-ferme, il cède sa place à Dimitri, bon élève et petit soldat docile. Juste le temps d’aller au petit coin et de revenir encore plus puissant que jamais… pour encore deux mandats-ferme. Ce qui lui fera un total de 16 ans au pouvoir sans forcer.

L’autre méthode serait de laisser l’opposition gouverner  pendant un bref mandat – qui serait fatalement catastrophique – comme au Chili où Michelle Bachelet est revenue encore plus légitimée dans ses fonctions présidentielles qu’avant. Je voyais bien ce scénario se réaliser dans l’Algérie de Bouteflika, surtout dans ce contexte politique figé qui est le leur.

Enfin, la dernière méthode que j’aime particulièrement est celle employée par l’ancien président Lula da Silva et qui correspond parfaitement au sous-titre de mon Traité, « L’art de changer pour recommencer ». Ici aussi, la tactique est très simple: il suffit de placer à votre place une personne sans aucun charisme, de préférence une femme – hein Kabila, pense à ta soeur jumelle – , de la faire élire démocratiquement et, enfin, durant tout son mandat, la faire convoquer dans chez soi afin de lui filer les dernières instructions sur la gouvernance du pays

Mais, encore une fois, ce « Traité de cynisme politique » ne sera pas un mode d’emploi pour les dirigeants, mais bien une leçon pour les peuples.

J’ai dit !

 

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.
Serge

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6 Commentaires

  1. À vrai dire, le mot  » cynique  » (pour décrire celui qui refuse d’aller voter ou celui qui est dégoûté par la politique) m’agace.
    Et Oui, j’entends trop ce mot.
    Mais je vois que tu penses en parler sous un autre angle, je me trompe ?
    Anyway, bonne chance pour le livre.
    Kèdèèè!!!

    1. En fait, c’est tout le contraire; cynisme: effronterie, immoralité, impudence, inconvenance, insolence. je pense au cynisme comme à cette mauvaise volonté dont font preuve beaucoup de dirigeants comme Poutine (ou Lula…?) qui passent pour des démocrates grace à une pseudo-alternance au pouvoir. ce dont parle Nelson dans le commentaire en dessous…
      Mon idée, un peu ironique, est qu’il vaut mieux ce cynisme-là à la gouvernance autoritaire et téméraires des Kabila, Bouteflika et autres… remarque, à continuer comme ça, Bouteflika et les autres ne feront que provoquer la colère des peuples, ce qui, finalement, va contre tous les principes de la gouvernance… (voir Le Prince).
      🙂

  2. si dans ces pays là, ils n’ont pas encore opté pour la démocratie, je crois dans un certains sens ces chefs d’états ont peut-être raison de vouloir garder le pouvoir. Par exemple en Haïti, après la dictature des duvaliers en 86, avec la nouvelle constitution de 1987, il fait mention qu’aucun chef d’état ne peut pas avoir deux mandats consécutifs. On peut normalement passer 5 ans au pouvoir et laisser la place à quelqu’un d’autre et revenir après 5 ans. Ainsi on a réglé le problème de la durée d’un président au pouvoir.

    1. Mon texte est quelque peu ironique. Personne ne niera le caractère démocratique de l’élection de Dilma ou Bachelet. Toutefois, il est possible de porter des critiques à ces deux pays par la façon dont leurs systèmes politiques respectifs permettent de « brouiller les cartes » et revenir au pouvoir indéfiniment á intervals réguliers…
      Je ne sais pas s’ils ont raison comme tu l’avances, mais je trouves que tous les régimes sont perfectibles.
      Ce qui dérange dans le cas africains, c’est que ces chefs d’etats ignorent tous les fondamentaux du pouvoir: éviter que l’esprit de révolte naisse dans le peuple, garantir l’ordre.
      Ironiquement, se maintenir au pouvoir n’est pas toujours la meilleure option politique…

  3. Serge,
    En 2011, Boni Yayi avait pensé un instant à la stratégie de Poutine mais il a eu peur. Primo, son soldat désigné pourrait perdre les élections face à une opposition fortement mobilisée. Et mieux encore, même s’il arrivait à le faire élire comme président, rien ne lui garantissait que ce dernier pourrait faire modifier la constitution pour qu’il revienne en force car tous les béninois avaient déjà les yeux grandement ouverts contre cette stratégie.

    Mais la stratégie à Lula, ce sera bien dur de la faire passer en Afrique. Chez nous, l’ingratitude est un sport continental. Mieux, on se réclame tous « indépendants ».

    Pourquoi donc vouloir jouer aux prolongations? Je ne sais si c’est un mal nécessaire mais ils sont très peu et presque inexistant les chefs d’Etat sur le continent qui n’ont jamais manifesté ce désir. Pauvre Afrique..

    1. c’est parce que la politique est affaire de conservation avant tout… il faut donc penser selon ton raisonnement, que peu importe les mesures rationnelles employées, en Afrique cela ne fonctionne pas à cause de certaines « externalités » comme la jalousie, l’ingratitude, etc
      🙂
      Bon à savoir pour mon livre…

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