Quand Michel Maffesoli s’attaque à Mediapart…

http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Inquisition.jpgCrédit: Nuremberg/ Wikimedia Commons
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Crédit: Nuremberg/ Wikimedia Commons

Michel Maffesoli est un intellectuel prolifique ancré dans la dynamique globalisante et transitoire de notre époque. Il est connu pour ses travaux sur « la raison sensible »  —  une rupture épistémologique, qu’il convient de signaler — et sur « le monde réenchanté » — une relecture de Max Weber, comme l’auront remarqué les initiés.

Mais ce qui m’intéresse aujourd’hui, c’est une interview que le sociologue a accordée à l’émission Idées de RFI, à l’occasion de la sortie de son dernier livre Les Nouveaux bien-pensants, où il s’en prend notamment à Mediapart et à son fondateur Edwy Plenel, ce « commissaire du peuple », selon Maffesoli en personne.

Et je dois dire que je suis assez d’accord avec lui sur certains aspects. Car le point de départ de Michel Maffesoli est une vieille maxime ultrapopulaire, « la fin justifie les moyens », que l’on tient d’une lecture superficielle de Nicolas Machiavel (voir, Le Prince).

Maffesoli s’attaque donc au principe et à l’éthique qui orientent la démarche de « Mediapart » qui « rend tout transparent » Ici aussi, on dirait une incompréhension de la transparence en démocratie. Pour mieux comprendre ce concept, je recommande la lecture de la philosophe Simone GoyardFabre (PDF).

« Mediapart » ne serait donc pas un journal de nature à préserver la démocratie française, selon Maffesoli : « Non, la fin ne justifie pas les moyens », accuse-t-il. Là encore j’ai tendance à être de coeur avec son avis.

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Michel Maffesoli, crédit : Jérôme Choain/ Wikimedia Commons

« Le journalisme d’investigation est dangereux!  », tranche-t-il encore.

« L’inquisition est toujours dangereuse… » peut-on encore entendre dans cette polémique interview. Qui serait capable de contredire cette dernière sentence ?

Pour ma part, je considère qu’il y a quelque chose d’assez pervers dans le « nouveau journalisme ». Et encore, curieusement, le journalisme qui a perdu toute son « aura » et toute sa légitimité au sein de la société prétend se positionner comme le garant d’une certaine moralité politique.

On est dans une situation où le public et le privé ne sont plus séparés, et c’est une faute professionnelle.

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Michel Maffesoli  est effectivement l’un des intellectuels étrangers les plus lus au Brésil parce qu’il se frotte aux phénomènes sociaux qui relèvent de la post-modernité, et disons-le sans peur, du Nouveau Monde… de la pensée périphérique. En somme, tout ce qui ne se fait pas en Europe actuellement.

 

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.

10 Commentaires

  1. Ceux qui dénoncent aigrement les « bien pensants »ne sont ils pas ceux qui se croient les seuls à bien penser? questionne Edgar Morin – chercheur et penseur de l’ancien monde – dans un tweet récent.
    Plus globalement, il m’est difficile de choisir entre Nouveaux bien pensants et Nouveaux chiens de garde, et je n’irai pas prendre la défense d’Edwy Plenel qui n’a pas besoin de moi.
    Mais… dans une époque où les journalistes franchissent encore plus allègrement la frontière qui devrait les séparer du politique que celle qui doit séparer vie publique et vie privée, je continue de penser qu’il n’y a pas d’autre journalisme que “d’investigation” et que même cette appellation curieuse est une forme de pléonasme.
    En bref.
    Merci encore pour vos éclairages de pensée.
    Sourire

    1. d’accord sur le pléonasme. à l’école de journalisme on m’a appris qu’une partie du métier consistait à mener des enquetes… quant à Maffesoli, c’est quelqu’un de très pompeux et médiatique: il se nourrit des médias et inversement.
      Mais n’empêche, il touche à un point essentiel selon moi: la vie privée doit elle toujours être mise en avant ?
      merci pour le commentaire 🙂

  2. J’ai lu, j’ai écouté (jusqu’au bout) l’émission mentionnée et, au final, je n’ai entendu que des généralités, certaines en forme d’accusations, à peine argumentées et surtout sans exemple précis, pertinent. Je devrais m’en amuser, vu que j’entends et lis ce genre de « discours » sur le journalisme depuis des années, mais je n’y arrive même pas..
    J’en ai un peu assez de ces propos qui se veulent polémiques et qui tombent à plat. Que reproche t-on exactement à Mediapart, au journalisme d’investigation, aux journalistes tout court ? De faire leur boulot ? De quelle « éthique » parle t-on là ? De quelle vision du journalisme parle t-on pour qu’il soit qualifié de dangereux ? Pourquoi vouloir tant « limiter » le travail des journalistes, en arguant d’un « risque » de trop de transparence et que sais-je ? Les journalistes travaillent. S’ils vont trop loin, il existe des rouages pour leur rappeler quelles sont les « limites » à ne pas dépasser.

    1. on repproche à Mediapart de se prendre pour le « juge », garant de la morale publique. note que quand mediapart publie un article, à priori, on est d’accord qu’il s’agit de la « vérité »… il ne reste plus qu’à condamner… exemple: cahuzac.
      mais je suis d’accord que lorsqu’il dit « le journalisme d’investiation est dangereux », c’est une généralité apportée sans preuves ni démonstration… ce qui prete a confusion…
      merci pour le commentaire

      1. Serge, comprenons nous bien, je suis pour la critique et le questionnement du travail journalistique, de Mediapart comme de tout autre média. Ceci dit, non, à l’heure d’Internet, de la pluralité des médias, des points de vue, des blogs, des réseaux sociaux, qui dit, admet, avec une grande simplicité et facilité : ce qui est rapporté sur Mediapart est vrai, donc condamnons d’une seule voix ? Qui ?
        Et je dirais même qu’au contraire, comme le travail journalistique, sa « validité » (et parfois même sa raison d’être), de Mediapart et d’autres, sont régulièrement mis en doute, remis en cause, chacun est poussé à aller vérifier par deux fois, trois fois. Et voilà que j’en viens à ma question : qui se prend pour le juge ? Qui juge qui ? Et surtout, dans quel but ?

  3. J’ai lu et relu ce billet Serge. Comme le souligne si bien Mylène, on en a vraiment « assez de ces propos qui se veulent polémiques et qui tombent à plat ». Je suis entrain d’écouter cette émission. Mais, moi j’ai une question: quel est le rôle du journaliste d’investigation? Mieux, du journaliste tout court? On leur reproche beaucoup de choses, c’est vrai. Mais au fond, sortent-t-ils vraiment de leur métier? Non je ne pense pas. Comme dans toute profession, il y a des choses à redire. Mais, pas à ce point!

    1. 🙂 oui, Josiane, je suis aussi d’accord avec vous. je comprends que l’article laisse entendre que j’adhère completement à ce point de vue, mais non en fait. certains aspects seulement m’interessent dans ce qu’il dit. sur la transparence, l’inquisition, le jugement à priori…
      merci pour le passage…

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