« Pour réussir il faut montrer son corps », des médias sexistes au Brésil

http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Phil_Bloom.png Phil Bloom in Hoepla, the first female nude on Dutch television - crédit photo: A. Vente/ Wikimedia Commons

L’occasion est trop belle pour qu’on passe à côté d’un sujet si pertinent. Le 08 mars, journée de la femme; mars, mois de la femme diront certains. Mais dans les faits, elles sont marginalisées dans nos sociétés. Au Brésil, par exemple, vous rencontrerez des médias absolument sexistes et oppresseurs par rapport aux femmes. C’est ce qu l’on peut découvrir (pour ceux qui ne connaissent pas le Brésil) dans un documentaire filmé par une journaliste anglaise, Daisy Donovan.

« Souvent pour réussir tu dois montrer ton corps avant de montrer tes véritables qualités humaines ou professionnelles ». La phrase choque. On pourrait se croire en face d’une caricature mais, non. C’est une jeune femme d’à peine 22 ans qui passe un casting pour travailler dans une chaîne de télévision gratuite dont les audiences peuvent atteindre les 40 millions de téléspectateurs par jours.

Elles sont des centaines dans cette situation. Les dimanches c’est la grande messe, sur pratiquement toutes les chaînes gratuites, on peut regarder des « émissions de divertissement familial » dont la récette se resume en deux mots: femmes et fesses!

Et il faut dire que le rôle à jouer y est assez « simple », rien de bien dramatique au Brésil: se tenir au milieu du plateau, le sourire grand ouvert sur le visage, rémuer ses fesses qui se dégagent sur un corps bodybuldé… le tout sur fond de samba ou de Sertanejo.

On ne demandera rien de bien difficile à ces dames, pensez-vous?

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Phil Bloom in Hoepla, the first female nude on Dutch television – crédit photo: A. Vente/ Wikimedia Commons

Le corps roi. La dictacture de l’esthétique – ditadura da beleza – comme le dénonce l’intellectuel Augusto Cury dont les livres sont vendus par millions d’exemplaires, mais on se demande qui le lit…

On a du mal à croire que le pays qui a élu Dilma Rousseff à sa tête se rabaisse à traiter ses femmes comme du bétail, de la chair à baiser… pas mieux !

Les médias brésiliens ne font jamais une autocritique digne de ce nom. Ni même en ce 8 mars. Une date qui perd tout son sens par ici.

Tiens, La Vie d’Adèle est sortie en salle à João Pessoa, et je voyais l’engouement de mes collègues féministes par rapport à ce film qui est un marqueur dans le cinéma contemporain. Mais toute de suite, les contradictions s’enchaînent dans ma tête: ce dimanche à la télévision, on aura droit au spectacle habituel de ces corps dénudés, opprimés pour quelques malheureux reais, toutes ces femmes dans l’attente du succès artistique, mais qui, avant cela, devront passer sur le « canapé médiatique » symbole d’une société profondement machiste.

J’ai lu que les journalistes françaises reclament l’égalité des conditions professionnelles avec leurs collègues de sexe masculin, une très belle initiative qui n’a pas encore trouvé d’échos au Brésil.

Qu’une voix s’élève pour demander un traitement plus humains des brésiliennes dans les télévisions gratuites du pays: on aura déjà avancé de cent pas et le 8 mars prochain sera une date beaucoup plus heureuse que celle de 2014.

 

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.
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