Au Vatican, trop de marketing tue le pape

http://www.flickr.com/photos/catholicism/8561266141/sizes/m/in/photostream/Le Pape François - crédit photo: Catholic Church (England and Wales) - Flickr.com/CC
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Le pape François – crédit photo : Catholic Church (England and Wales) – Flickr.com/CC

La Mano de Dios, titrait le journal argentin Olé le jour de l’élection du cardinal Bergoglio donnant le ton de ce que serait le pontificat de l’archevêque de Buenos Aires, un mixte de populisme et de marketing adapté au syncrétisme religieux contemporain : « Nous avons Messi, Maradona (un dieu – référence à la mano de dios)… et maintenant Jorge Mario Bergoglio ». La formule a été reprise par la présidente Cristina Kirchner qui a bien compris que surfer sur la « vague François » peut être utile pour sa popularité.

Décidément le pape François n’est pas un homme comme les autres. Les fidèles de l’Eglise catholique retiendront sûrement de lui qu’il fut le « Pape du peuple », le « Pape simple », voire le « Pape socialiste »… tiens donc. Mais pour un simple mortel comme moi, ce ne sera rien de moins qu’un pape communicant, un pape du marketing. Sinon cette formule suggérée par un ami lui va très bien aussi : The Pope is pop !

Voilà donc un pape qui ne perd pas une occasion de s’acheter une sainteté auprès du grand public glissant ici et là des informations sur ses nouvelles résolutions populistes, comme cette dernière qui nous apprend que désormais le Saint-Père voyagera avec son passeport argentin… plus de passeport diplomatique pour François.

Le nouveau passeport du Pape François

Le nouveau passeport du pape François

Ce qu’on ne comprend pas (et qui gêne) c’est cette nécessité de surcommuniquer autour des faits et gestes du pape François. L’image du nouveau pape est exploitée sans limites jusqu’à la surcharge. Surtout que le Vatican confirme que les frais d’émission de ce nouveau passeport sont payés par le pape en personne : transparence quand tu nous tiens…

Jamais un souverain pontife n’avait aussi bien utilisé les médias pour communiquer et même Twitter alors…

La presse internationale n’est pas en reste, bien évidemment, dans cette affaire de marketing et du tout business même le Times n’a pas perdu l’occasion de surfer sur l’image du pape idéal.

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Et pourtant, si l’on en croit les spécialistes, sur le fond la politique de François n’a en rien rompu avec son prédécesseur Benoît XVI. Selon le philosophe Rémi Brague:

« Je suis frappé par la présence partout dans l’entretien de ce que le pape Benoît appelait, pour la souhaiter, une « herméneutique de la continuité ». Au-delà d’évidentes différences de tempérament et de style, il n’y a aucune rupture de fond entre François et son prédécesseur ».

Pour le confirmer, le New York Time a créé un quiz pour tester les connaissances du public sur les trois derniers papes, le but du jeu étant d’associer une phrase à son auteur… à voir ici. Le résultat est pour le moins surprenant ! Moi aussi j’ai joué

En fait, sur les vraies questions qui divisent comme l’homosexualité, la légalisation du cannabis et l’avortement, la position du pape a toujours été l’omission. Evidemment que c’est facile de s’en prendre au monde de la finance après l’affaire Madoff… Woody Allen et Martin Scorsese aussi s’y sont mis. Mais quand le pape François critique la finance, c’est un marxiste. Le pauvre vieux doit se remuer dans sa tombe.

Je n’ai rien contre les faits religieux encore moins contre les croyants en général, mais j’avoue m’être lassé du marketing qui entoure le Saint-Père. Cela devient plutôt agaçant d’écouter un peu partout des gens faire des commentaires dithyrambiques sur le pape. Sur RFI par exemple, le père François Glory – vivant depuis 30 ans au Brésil – l’a même comparé à Jésus.

 

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.

10 Commentaires

    1. L’Obamania du début??? Obama, élu en novembre a reçu le prix Nobel de la Paix (en décembre) avant même d’entrer en fonction (en janvier), juste sur la foi de quelques discours pompeux!

      Moi je crois aussi en ce Pape. Il a la capacité d’insuffler quelque chose, même si cela n’ira pas bien loin, car l’Église reste elle-même, fidèle à ses dogmes (en Amérique latine, elle excommunie toujours les femmes qui avortent par exemple). Mais c’est tout de même un bon début. Benoît XVI ne me manque guère.

      1. lol, j’aimait bien Benoît XVI par son côté super interllectuel, j’avais lu son livre avec Jurgen Habermas… très très fort. Tu as raison sur une chose, ce nouveau Pape est très différent par son charisme et gentillesse, mais je trouve cela malhonnête d’usée de ces méthodes de marketing et de communication… S’il change un passeport , pourquoi le communiquer à la presse et d’ajouter qu’il paye de sa poche?
        Il pourrait aussi donner à l’Afrique ou au Takoblan toutes les riches de la Banco dil Vaticano 🙂

  1. Vraiment, pour moi, l’évolution du côté du Vatican, c’est d’avoir pris la mesure de l’importance de communiquer tous azimuts… Comme beaucoup, pour eux, il faut « occuper la place médiatique » quitte à rentrer dans les moindres détails. Les stars du show business le font, les politiques aussi, les anonymes de plus en plus… via les réseaux sociaux notamment. Le Vatican n’a rien inventé et se contente de reproduire une formule bien connue. Quant à l’objectif, il est lui resté le même : attirer le maximum de personnes à l’église…

    1. Justement, quand on sait qu’il y a un côté pervers et manipulateur dans ces techniques de propagandes médiatiques, ça me gène que le Vatican emploie les mêmes méthode… où est « la mesure » justement?
      et les enfants qui regarde une pub de chocolat doivent maintenant aussi se focaliser sur l’image du Pope star…

  2. Personnellement, je trouve que le Pape est dans l’ère du temps où l’omniprésence dans les médias et les outils de communication est de règle. Le Pape est pris à son propre piège en se faisant célébrer le jour même de son élection comme le Pape du peuple, la pontificateur venu des milieux modestes. Et cette image, il faudra qu’il l’assume jusqu’au dernier jour de son pontificat. Il n’a donc pas le choix d’agir ainsi en servant à outrance des médias. Ne sois pas étonné si on nous dit demain qu’il a décidé de ne plus utiliser l’avion du Vatican pour ses voyages mais de voyager en classe économique dans les compagnies de ligne. Non je rigole…

      1. Reste à savoir qui gère cette papamania. Puisque l’image d’un Pape du peuple, il faut une bonne tête pour l’entretenir sur de longues années. Dans le simple cas du Bénin, le Président voulant se passer comme le Président du peuple et à force de se maintenir constamment dans les médias a fini par lasser le peuple. Et ils sont bien pressés ces béninois qui attendent 2016 pour lui faire leurs adieux…

  3. Personnellement, j’ai toujours un peu de recul au populisme, surtout quand il s’agit des hommes d’État et d’Église. En effet, au-delà de son humanisme, François est un type qui mesure ses discours ; il dit ce qu’il faut au moment qu’il faut. Prudence très rare. Cependant, en dépit de tout, on ne peut ne pas être inquiet quant à ce « marketing agressif » au tour de la vie du pape. Je crains que cela ne lui cause pas aucun préjudice à l’ avenir. Après quoi, c’est un personnage à apprécier.

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