Que sont devenus les anciens présidents brésiliens?

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Tous les présidents de l’ère démocratique au Brésil, aux obsèques de Nelson Mandela (Crédit photo: Blog do Planalto)

Il n’y a pas que la reconversion des footballeurs qui est difficile après la fin d’une carrière. En politique aussi, une fois qu’on a atteint les sommets de la responsabilité publique, reconstruire sa vie peut être terriblement difficile. C’est en tout cas le constat que l’on fait de la situation actuelle des anciens chefs d’Etat brésiliens: « banissement » des médias pour l’un, activisme global pour l’autre, un autre encore qui traverse les époques et continue de régner dans les coulisses du pouvoir à Brasília.

Le décès de Nelson Mandela a été l’occasion de voir réunir au même endroit cinq chefs d’Etat brésiliens, choses assez rare pour être remarquée et déclencher les moqueries sur les réseaux sociaux¹:

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José Sarney, crédit photo: Fabio Rodrigues Pozzebom/ABr

1. José Sarney: Le pont entre un passé encore pesant dans les esprits et un avenir qui tarde à s’imposer. La dictature qui tente de se réconcilier avec la démocratie. C’est un peu l’image que renvoit « l’homme fort des couloirs », orginaire de l’Etat du Maranhão, le plus pauvre du Brésil, il est élu vice-président aux côtés de Tancredo Neves qui n’assumera jamais. C’est donc à l’oligarque Sarney qu’incombe la responsabilité de conduire pacifiquement la transition démocratique à son terme.

Plus de vingt ans après, sa présence au sénat dérange, notamment à cause de ses liens ambiguës avec le régime dictatorial installé par les militaires. Sa famille contrôle l’Etat du Maranhão, si bien que lui-même est indispensable dans le jeu d’alliances qui conduisent à la présidence de la république. Un chroniquer et journaliste sportif de Espn Brasil et du journal Estado de São Paulo a composé un poème extrêmement critique envers le sempiternel sénateur: c’est à lire ici.

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Fernando Collor pratiquant du sport, crédit photo: Antonio Cruz

2. Fernando Collor: les mauvaises langues racontent qu’il fut élu parce qu’il était beau, une espèce d’Airton Senna de la politique. « Homme public au faciès d’une star de télénovela, alors pourquoi bouder son plaisir », devait penser le peuple… Il fut massivement élu dans un contexte social d’hyperinflation avant d’être chassé du pouvoir sous le coup du seul impeachment de l’histoire du Brésil.

Alors, Fernando Collor, c’est le Richard Nixon du Brésil? Il affirme aujourd’hui avoir été trahi et abandonné par ses conseillés. 

Peu de gens le savent, même au Brésil, mais Fernando Collor présidait la commission des affaires étrangères et de la défense du Sénat jusqu’en 2012, le sujet étant très peu commenté dans les médias. Ironie de l’histoire, Fernando Collor est probablement le premier grand communicant de la politique contemporaine au Brésil.

Au début de son mandat, le président Collor prend la polémique décision de geler l’épargne des citoyens pour contrôler un peu mieux l’hyperinflation. Il le payera cher. Vingt ans après une leçon politique est restée: « on ne touche pas aux poches de la classe moyenne! »

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Itamar Franco, crédit photo: José Cruz/Arquivo/ABr

3. Itamar Franco: C’est lui qui remplace le controversé Fernando Collor. Il était son vice-président modéré, il rompt complètement avec le populisme de son  prédécesseur et on peut dire qu’il n’a servi qu’à préparer Fernando Henrique Cardoso qui fut son ministre des affaires étrangères. L’histoire retiendra aussi que c’est sous son court mandat de 2 ans que fut institué le Plano Real qui stabilisa l’inflation au Brésil. Le président Itamar Franco est décédé en juillet 2011, il réçut les honneurs de l’ensemble de la classe politique brésilienne. C’était essentiellement un homme du compromis.

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Fernando H. Cardoso, crédit photo: Televisão Cultura/Flickr/CC

4. Fernando Henrique Cardoso: Un sociologue président de la république, ce n’est pas une chose qu’on verra tous les jours ici. Les temps ont changé. Il est l’un des intellectuels les plus respectés d’Amérique Latine, son épouse Ruth Cardoso était une amie de Simone de Beauvoir, sa vie est marquée par la lutte contre le régime des militaires installé dans les années 1960.

Mais Cardoso, c’est aussi le symbole du redressement structurel de l’économie brésilienne, notamment avec sa politique économique austère des années 1994-2002. Il privatise un nombre considérable d’entreprises, le public le détestera pour ça.

C’est le rival de toujours de Lula, les deux hommes « ne se sentent pas », deux égos sur-dimensionnés qui ne se rencontrent qu’à l’occasion d’évenemments solennels comme lors des obsèques de Nelson Mandela.

Fernando Collor est aujourd’hui un activiste chez Global Leadership où il milite pour la légalisation du cannabis au Brésil, la protection de l’environnement, etc. Il fait toujours quelques rentrées remarquées dans les médias pour critiquer le gouvernement du PT, son propre parti le PSDB (Social-démocrate) révendique difficillement son héritage.

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Dilma e Lula durante cerimônia de lançamento do PAC da Habitação – crédit photo: Fabio Rodrigues Pozzebom/ABr on Wikimedia Commons CC

5. Lula da Silva: Si l’héritage de Fernando H. Cardoso est difficile à assumer pour le PSDB, c’est en partie à cause du travail abattu par Lula. Distribution des richesses, enrichessement des banques comme jamais dans l’histoire du pays, tout le monde y a trouvé son compte… un peu trop d’ailleurs: à force de vouloir chercher le consensus, le PT s’est laissé gangrené par la corruption notamment dans l’affaire du mensalão qui constitue une tâche dans son histoire. Son plus proche collaborateur et grand conseillé, José Dirceu, est aujourd’hui incarceré.

Lula da Silva nie influencer la politique actuelle de madame Dilma Rousseff mais on sait que cette dernière effectue régulièrement des voyages à São Bernado dos Campos pour se réunir avec son mentor. L’ancien président a récemment confirmé qu’il participerait à la campagne présidentielle de 2014: le faiseur de rois sera bien là. En attendant, le président Lula donne des conférences cher payés un peu partout dans le monde.

Lire les tweets en français:

¹ – « Et Collor, Expulé du pouvoir, était bien là »
  – « Dilma n’a pas invité Joaquim Barbosa (Président de la Cour Suprême) aux         obsèques de Mandela » [en référence au rôle du juge dans l’affaire du mensalão].

 

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.

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