Mon thriller argentin de Noël

http://www.flickr.com/photos/casamerica/8531371044/sizes/m/in/photostream/Hernán Goldfrid, crédit photo: Casa de América/Flickr
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Hernán Goldfrid, crédit photo : Casa de América/Flickr

Le petit Jésus est né à Bethléem et quelque part à Buenos Aires on assassine une jeune femme : una vida por una vida. Ce pourrait être le début d’une histoire intéressante, sauf que là, il s’agit de l’extrapolation de mon imagination qui cherche à rendre cette “ fête universelle” de Noël plus intéressante qu’elle ne l’est vraiment. L’assassinat a bien eu lieu, mais pas à Noël, moins encore dans la vie réelle. Pour tout dire, c’est en cette nuit sacrée que j’ai choisi de regarder un film argentin sorti récemment.

Les habitués de ce blog savent ma grande admiration pour le cinéma argentin. Imprévisibles, irrespectueux, iconoclastes et finement construits, les films argentins représentent ce qui se fait de mieux actuellement en Amérique latine.

Encore une fois, c’est Ricardo Darin qui est à l’affiche. Ce monstre sacré du septième art apparaît dans le rôle d’un spécialiste du droit criminel qui soupçonne un de ses étudiants d’avoir tué une jeune femme devant l’imposante faculté de droit où il enseigne.

Entre délire, obsession, paranoïa ou psychose, on ne sait pas vraiment où est la frontière entre l’imagination féconde du prestigieux professeur et son intelligence minutieuse.

Tesis sobre un homicidio est adapté du roman de Diego Paszkowski.

Le réalisateur Hernán Goldfrid met en scène un duel psychologique entre le professeur de droit et son jeune étudiant qui se considère lui-même un Surhomme, pourrait-on dire. Une thèse récurrente chez Nietzsche et Dostoïevski et qui s’adapte parfaitement à la conjoncture contemporaine : celle d’une élite économique qui se croit au-dessus des lois, et intouchable malgré sa régression morale.

Les intouchables (los intocables), par ailleurs, forment une caste dans la société argentine (dès l’époque de la dictature) protégée par son statut économique.

Sous couvert d’une démocratie retrouvée, cette élite économique de Buenos Aires se cache aujourd’hui derrière les lois qu’elle élabore afin de masquer la corruption d’une société en mal de justice.

Ce thème parcourt la trame psychologique d’Hernán Goldfrid, finement menée par Ricardo Darin et qui expose les limites structurelles de la justice et du droit moderne.

Coïncidence ou non, le thriller argentin sort à la même époque que le blockbuster de Martin Scorsese, Le loup de Wall Street, qui revient sur la vie d’un farceur courtier de la Bourse américaine qui passe cependant à travers les mailles des filets de la justice, et ce, presque sans grande conséquence. N’est-ce pas là aussi un Surhomme?

De New York à Buenos Aires la même décadence morale de nos élites et surtout la même justice aveugle parce qu’elle NE PEUT rien voir.

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.

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