10 ans à gauche, le triomphe de Lula… et Dilma?

crédit photo: Marcello Casal Jr./Agência Brasil on Wikimedia Commons/CC
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Dix ans que le Brésil vit une phase post-néolibérale, que toute l’Amérique Latine respire l’air renouvelé de la fin des années d’autérité économique et des “privatisations” menées par le tandem Thatcher-Reagan.

Dix ans donc que l’Amérique Latine, et surtout le Brésil s’est, nous dit-on, émancipé de l’emprise des grandes puissances économiques réalisant les aspirations des grands penseurs de l’histoire du continent que furent Raúl Prebisch et Celso Furtado – ce paraibano qui a fait la Sorbonne avant de devenir le symbole d’une Amérique Latine maîtresse de son destin économique.

Dans les années 1960 et 1970, les intellectuels sud-américains se rassemblaient au sein du CEPAL afin de réflechir sur la voie que le continent devait empreinter pour son économie. Puis quelques années plus tard, grâce à l’ex-président Fernando Henrique Cardoso (FHC), apparaissait la teoria da dependência¹ – la seule “véritable” théorie économique issue d’Amérique Latine. A quand une venue d’Afrique?

http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Celso_Furtado,_Lula_da_Silva_(July_2003).jpg?uselang=fr

crédit photo: Marcello Casal Jr/ABr Wikimedia Commons/CC

Curieusement, c’est FHC qui allait appliquer les politiques de rigueur des années 1990 au Brésil.

Avec l’arrivée de Lula et du nouveau pacte social engagé avec toute la société brésilienne dans sa fameuse “Lettre au peuple brésilien” (PDF), le pays amorçait un véritable virage à gauche tant idéologique qu’économique.

Le grand objectif du gouvernement Lula fut de réduire les inégalités, de faire profiter à l’ensemble de la population les richesses du pays. Certes, le Brésil est encore un mauvais élève en ce qui concerne la concentration des richesses tel que l’indique un rapport selon lequel 124 personnes detiendraient 12% du PIB.

La route est longue.

Lula a terminé son dernier mandat avec un record d’adhésion de 80%. Des chiffres qui cachaient la forêt puisque personne n’aurait pensé que deux ans après son départ, sa dauphine affronterait des manifestations monstres comme celles de juin 2013?

Malgré tout, Dilma Rousseff est bien partie pour un deuxième mandat, même si une éventuelle alliance entre Aécio Neves et Eduardo Campos pourrait faire des vagues.

Il est cependant risqué de croire que les brésiliens sont capables de prendre un nouveau virage à droite au moment où la crise s’invite sur la côte atlantique d’Amérique Latine.

C’est donc dans ce contexte assez favorable que des intellectuels de gauche, très influents chez les jeunes de classes moyennes notamment se sont réunis lors du lancement d’un livre dirigé par le professeur Emir Sader pour faire le bilan de ces dix années de gloire pétiste² (PDF). Dix années de gloire, certes, mais marquées par l’essoufflement du projet travailliste dans le nordeste brésilien, fief traditionnel du PT.

Totalement récupéré de sa maladie, l’ex-président Lula participait aux débats.

L’occasion pour eux de relever les acquis de ces dix années de gouvernements de gauche; ainsi pour la professeure de philosophie Marilena Chaui:« le Brésil est passé par une véritable révolution sociale que l’on peut observer dans plusieurs domaines comme l’importance de la femme dans la gestion de la famille grâce notamment au programme Bolsa Família« .

Quarante ans de féminisme n’ont pas réalisé ce que le Bolsa Família a pu faire en terme d’émancipation.

Selon elle, la politique des quotas qui permet aux noirs et aux plus pauvres d’accéder aux universités fédérales est une autre preuve de cette révolution initiée par Lula en 2003.

Point fort de la rencontre, Lula dans son style bien comique tance la professeure Marinela Chauí qui venait tout juste de critiquer la classe moyenne brésilienne pour son conservatisme: « J’ai tellement travaillé en faveur de l’augmentation la classe moyenne brésilienne pour que Marinela vienne la démolir ici… ». La salle applaudit.

Dans la foulée, l’ancien président a promis de décendre dans la rue en 2014 faire campagne pour son parti, le PT. C’est de bonne augure pour Dilma Rousseff.

Je peux affirmer que j’ai vécu in loco la moitié de ces dix années révolucionnaires. S’il est idéniable que le Brésil a fait d’énormes progrès, les emplois sont encore difficiles dans le secteur privé, les inégalités régionales persistent entre le nord et le sud du pays (plus riche).

Hormis l’élection de Dilma en 2011 comme la confirmation du bon travail effectué par Lula, la victoire de Fernando Haddad à la marie de São Paulo a été un autre grand triomphe du PT.

 

¹ La théorie de la dépendance est reconnue dans le milieu académique pour avoir expliqué la situation des économies périphériques, c’est-dire dépendantes des puissances industrielles, et d’en avoir formulé les voies de sortie.

² Néologisme dérivé de la sigle PT, se dit petista en portugais.

 

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.

2 Commentaires

  1. Je pense que la théorie que Lula a développée pour changer le visage du Brésil est à importer en Afrique afin de libérer le continent noir de sa dépendance aux puissances économiques occidentales et pays émergents d’Asie.

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