Tragédie ou farce syrienne?

Bachar el-Assad graffiti, crédit photo: thierry ehrmann on Wikimedia Commons
http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Bachar_el-Assad_graffiti.jpg

Bachar el-Assad graffiti, crédit photo: thierry ehrmann on Wikimedia Commons

Au Brésil, on suit de loin mais avec intérêt les événements au Proche-Orient depuis que le président Obama a piqué sa “crise bushienne” et que son homologue français a enfilé son costume sarkozyste, promettant au monde une intervention militaire en Syrie.

Malgré mes nombreuses occupations, je me réserve un moment de la journée pour lire l’actualité syrienne largement traitée par les médias occidentaux (par là, j’entends français, anglais, espagnols ou américains); malheureusement le constant est amer. Les informations sont copiées à la ligne près… c’est souvent la même ligne éditoriale sauf quand le site espagnol ABC (qui affirme que les rebelles syriens auraient explosé eux-mêmes les armes chimiques suite à une erreur de manipulation) ou l’anglais Daily Mail décident de sortir des rangs publiant des versions moins simplistes de la crise syrienne.

On est plongé dans une véritable guerre médiatique. Pire, une guerre d’informations. Dans un tel contexte, il est difficile de se faire une opinion claire. Nous ne sommes pas des spécialistes de la Syrie, encore moins du Proche-Orient; alors laissons la parole aux experts, comme par exemple, ce brésilien qui se retrouve au “cœur de l’action” et dont je n’avais jamais entendu parlé jusqu’à jeudi passé.

Paulo Sérgio Pinheiro, président de la commission d’enquête sur la Syrie était de passage a São Paulo, où il est abordait la question militaire de la crise. Selon lui, “le rapport des forces en Syrie est équilibré avec d’un côté l’armée nationale comptant près de 100 mille hommes et d’un autre, des rebelles avec autant d’hommes; néanmoins, ceux-ci se repartiraient en 700 groupes, à peu près”.

D’ailleurs, il faut le dire, les brésiliens figurent désormais sur plusieurs fronts de la scène internationale: en R.D Congo, où un général de la FAB dirige la Monusco et plus récemment la Minusma de Gao, au Mali.

Il semble donc que les pays émergents auront de plus en plus leur mot à dire dans la gestion des conflits internationaux, d’où l’impasse dans laquelle se retrouvent les dirigeants du G20 notamment à cause de la réserve russe. Un sommet du G20 dont on ne retiendra, du côté du Brésil, que le fameux baiser entre Barack Obama et Dilma Rousseff.

O presidente Barak Obama beija a presidente Dilma Rousseff observado pela chanceler alemã Angela MerkelKote Rodrigo/EFe

O presidente Barak Obama beija a presidente Dilma Rousseff observado pela chanceler alemã Angela Merkel
Kote Rodrigo/EFe

Un autre expert américain affirme que “toute intervention ou une frappe de l’armée américaine – ou de ses alliés – dans ce pays provoquerait une réaction en chaîne dont personne ne peut assumer le risque, car une guerre civile, voir un génocide est pratiquement inévitable”. On est là dans le cas de figure où le régime Assad tomberait.

Cela fait dix ans que les américains décidaient d’envahir l’Irak. A l’époque, je regardais tout cela comme la manifestation de la super-puissance américaine, ce pays capable de déclencher une guerre et de la retransmettre en direct sur toutes les chaînes de télévision mondiales: le côté sinistre de la globalisation était en marche.

Aujourd’hui quand je revois les images de maître Vergès (paix à son âme) se moquant de la politique va-t-en-guerre de Sarkozy, je ne peux m’empêcher de sourire. A l’époque aussi on nous présentait des “preuves irréfutables”, dont on sait aujourd’hui que les armes chimiques fabriquées par Sadam Hussein n’étaient autres que l’urine de Bernard Henry Lévy (BHL), “l’homme de la République”, renversée dans des petites bouteilles que Colin Powel exhibait au Conseil de Sécurité de l’ONU.

Et pourtant, on y a cru à l’époque.

On se croit malin aujourd’hui de dire que Bush avait menti. Il fallait le penser avant.

Il est maintenant certain que les américains vont frapper la Syrie pour donner l’exemple, pour dissuader d’autres tyrans. Dans ce cas de figure, il n’y a plus qu’à méditer et faire appel à la sagesse de nos ancêtres. Tiens, prenons celle de Benjamin Franklin: « Il n’y a jamais eu de bonne guerre ni de mauvaise paix ».

P.S: je ne finirai pas ce 101° article sans mentionner la plus grosse blague de l’histoire des “grandes puissances”; un membre du gouvernement français admettant devant le monde que la République attendait que le congrès américain se prononce pour décider si la France attaquerait la Syrie. Le dernier à sortir éteigne la lumière!

 

“Tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois. La première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce”.

Le 18 brumaire de Louis Bonaparte, Karl Marx.

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.

5 Commentaires

  1. Ah Serge tu sais, moi aussi je suis de très près l’actualité Syrienne. Et j’ai toujours été convaincue que cette guerre (qui s’annonce depuis) doit contaminer le monde. Et je mets de côté les supports russes et Chinois. Je suis ok avec cet expert Américain: “toute intervention ou une frappe de l’armée américaine – ou de ses alliés – dans ce pays provoquerait une réaction en chaîne dont personne ne peut assumer le risque, car une guerre civile, voir un génocide est pratiquement inévitable”. Belle analyse Serge!

  2. Il ne suffit plus d’avoir accès à l’info aujourd’hui, il faut savoir faire le tri. J’aime bien l’idée de la revue de presse quotidienne sur l’actualité syrienne. Quant à la suite des événements, ne t’en fais pas, il y en aura malheureusement toujours un pour éteindre la lumière en sortant. Beaucoup d’enjeux nous échappent. Solidairement vôtre

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