Homosexualité: le double jeu de Rede Globo dans Amor à vida

Mateus Solano dans le rôle d'un homosexuel assumé
http://www.maceio40graus.com.br/noticias/novela/4783/2013/05/24/salve-felix-mateus-solano-rouba-a-cena-na-maravilhosa-semana-de-estreia-de-amor-a-vida

Mateus Solano dans le rôle d’un homosexuel assumé

Que dire lorsqu’une chaîne de télévision réputée conservatrice et très attachée à l’église catholique brésilienne s’engage dans la promotion de la tolérance entre différentes sexualités, en l’occurrence envers la communauté homosexuelle? 

On change de politique pour mieux les berner…

Cette saison, sur la toute puissante Rede Globo – plus puissante que CNN étant donné son monopole sur le marché national – nous avons droit à une télénovela riche en couleurs qui relance le débat sur l’homosexualité au Brésil, le mariage et l’éducation des enfants.

Je dois dire que normalement, la chaîne a toujours eu une position tranchée en la matière, défense des valeurs de la famille, de la tradition catholico-chrétiennes, et j’en passe. Toutefois, nous vivons des temps nouveaux. Il faut s’adapter à son milieu social même lorsqu’on s’appelle Globo.

Et forcément, le thème de l’homosexualité vient frapper à notre porte. Amor à vida (siteweb), que l’on pourrait traduire comme la Joie de vivre ou Aimer la vie (je sais pas, c’est selon) est l’histoire d’un couple issu de la classe A (entendez riche-et-très-riche) dont le mari est un « homosexuel camfouflé » cherchant à préserver la réputation de sa famille. Il a un fils de presque 10 ans et se doit de garantir pour ce dernier une structure familliale selon les standards brésiliens c’est-à-dire, de ceux d’une « bonne famille ».

Il faut savoir que la famille, cette institution sociale qui peut paraître anodine pour ceux qui ne sont jamais venus au Brésil, jouit d’un prestige non négligeable. Pas comme en Afrique. Non, dans une société basée sur le status social et le privillège que cela apporte, la famille est au dessus de tout, y compris de aspirations individuelles, de l’Etat et de la démocratie (dois-je rappeler que la dictature brésilienne de 1964 a été acclamée par plus de 100 mille personnes pendant les grandes marches de la famille avec Dieu?). Tout le dilemme de ce personnage sera donc de trouver un moyen d’équilibrer ses aspirations personnelles avec l’honneur de sa famille.

Des couples reconnus et riches dont l’époux est homosexuel, il y en a des tonnes au Brésil, selon les mauvaises langues. Mais jamais cela n’a été abordé avec une telle ampleur par Globo, d’autant plus que la chaîne appartient à l’une des familles les plus catholiques, conservatrices, riches et puissantes du pays. Et au Brésil, on considère en générale que les grandes familles ne sont pas affectées par des « comportements déviants ».

Que prétend donc Globo avec ça?

En plus, même le thème de l’homosexualité dans le football refait surface au moment où des « soupçons » sur un ancien joueur du PSG apparaissent dans les médias. Celui-ci aurait une relation homo-affective avec un journaliste vedette de… Globo, justement! Le sujet dérange pour le moins. La justice s’en mêle en interdisant aux médias de relayer l’affaire.

Alors que certains sociologues et spécialistes de l’éducation se félicitent du courage des producteurs de Globo, moi je m’interroge sur la manière dont le sujet est abordé.

L’éfféminé satirique de toujours

Rafael Zulu dans la novela Ti ti ti, Imagem: OFuxico.com

Rafael Zulu dans la novela Ti ti ti, Imagem: OFuxico.com

Lorsqu’une novela brésilienne traite de l’homosexualité on s’attend toujours à revivre certains clichés: le personnage est noir, jeune, styliste et éfféminé. C’était le cas de Rafael  Zulu (à gauche) dans la série Ti ti ti de très bonne qualité au passage. Bon, il arrive qu’il soit blanc, mais ce n’est plus à la mode. Sa principale caractéristique c’est qu’il est naturellement un bel humoriste, pas trop sérieux, grotesque presque. C’est toujours un type à prendre au second degré, il fait rire même quand les sujets sont sérieux. Voyez vous-même le jeu de l’acteur Iran Malfitano dans A Favorita, une série à succès de 2008.

 

http://www.youtube.com/watch?v=Fuwd-3UgEzI

Pour revenir donc à Amor à Vida, le personnage central fait un père de famille plutôt distant envers son fils, absent et travailleur acharné. Il n’assume pas son homosexulité pour préserver sa famille d’un scandale, mais dès lors qu’il « sort de l’armoire » le voilà revêtu de ces fameux clichés: bête, efféminé (par un tour de magie que j’ai encore du mal à comprendre), à croire que les homosexuels sont obligés d’avoir un comportement féminin. C’est entendu, je peux me tromper, mais je ne crois pas que l’homosexualité soit l’expression d’une necessité pour certaines personnes d’adopter une « identité féminine » réfoulée. Tenez, Ian McKellen par exemple, je ne le vois pas forcément afficher ce comportement qui tend à ridiculiser les homos.

Et puis dans cette télénovela, on nous montre un type qui n’a jamais été affecteux envers son fils jusqu’à ce qu’il assume son homosexualité. Il devient plus libre, pour ainsi dire. Mais là encore, j’ai vu un raccourci dans la construction du sénario. Tout ça est trop forcé. Que je sache l’affection envers ses enfants n’a rien à voir avec le fait d’être homosexuel ou hétérosexuel.

La vérité c’est que Globo n’a pas changé, ils sont toujours les conservateurs catholiques d’antan, c’est la société qui est en constante mutation, particulièrement la scène politique où les associations d’homosexuels sont de plus en plus mobilisées et organisées. Personne ne peut plus se les mettre à dos. Depuis le manifs de juin, on sait que Globo peut retourner sa veste quand cela l’arrange.

Bref, cette novela me gène beaucoup et je doute qu’elle fasse avancer la cause de la tolérance et de l’égalité entre les Hommes.

 

 P.S: Il faut que je le précise, je ne suis pas contre l’homosexualité, ce n’est pas mon rôle. Je defends les libertés individuelles, notamment celles des minorités. Toutefois, je crois que cette série télé s’approprie du phénomène d’une façon beaucoup trop simpliste et stéréotypée.

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.

2 Commentaires

  1. En me basant sur la réalité haïtienne, j’ose croire que la question de l’homosexualité est un sujet très complexe sur le continent américain. si ce média quoique très conservateur a décidé d’allumer son projecteur sur ce sujet, je crois que c’est une bonne chose, même si au fond il souhaiterait bien prendre une grande distance par rapport à ces hommes de grandes familles qui sont dans cette situation.

  2. Merci d’avoir abordé ce sujet avec ta vision. Je me suis toujours posée la question de savoir pourquoi les telenovelas s’entêtaient à montrer l’image des homosexuels comme des stylistes, des personnages efféminés. Je n’ai jamais compris cela.ce sont des clichés qui reviennent le plus souvent.

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