Brésil: pas prêt pour un président noir

http://www.edsonsombra.com.br/post/dilma-vai-a-posse-de-joaquim-barbosa-na-presidencia-do-supremoPhoto: Blog Tribuna da Internet - 20/11/2012
http://www.edsonsombra.com.br/post/dilma-vai-a-posse-de-joaquim-barbosa-na-presidencia-do-supremo

Photo: Blog Tribuna da Internet – 20/11/2012

Aujourd’hui, je voudrai revenir sur un personnage important de la politique brésilienne; j’en ai parlé lorsque ce blog a démarré en 2012. Noir, président de la Cour Suprême de Justice, Joaquim Barbosa est le chouchou des médias, l’ogre de la gauche radicale et de temps en temps, l’épine sous le pied de Dilma Rousseff. 

Ce lundi 29 juillet, le ministre Joaquim Barbosa déclarait que « le Brésil n’était pas encore prêt à voter pour un président noir ». Pas faux. Mais cela est aussi le signe de la grande complexité de la société brésilienne, d’un côté vous avez une société hautement machiste capable d’élire une femme à la présidence de la République, et de l’autre une société métissée incapable d’offrir les clefs du Palácio do Planalto à un noir.

Le personnage adore les polémiques, toujours dans les bons coups médiatiques surtout depuis sa chasse à l’homme contre la corruption lors du symbolique procès du mensalão qui l’a définitivement brouillée avec le Parti des travailleurs (PT) de Lula. Sa dernière sortie médiatique en présence de la présidente Dilma a fait l’effet d’une bombe. C’était le jour de l’arrivée du Pape François, à l’aéroport de Rio de Janeiro… Le président de la Cour Suprême ignore Dilma Rousseff, serre la main du Saint-père et passe à côté. Voyez plutôt…

Normal, on pouvait s’y attendre depuis les prises de becs par médias interposés entre Joaquim Barbosa et la classe politique brésilienne.

Il jouit d’une énorme popularité chez les pauvres et je dirai la classe moyenne. Ayant fait des études brillantes à Brasília (puis en France) sans l’aide des politiques de quota – les affirmatives actions – , il n’hésite pourtant pas à se définir comme une exception.Joaquim_Barbosa_durante_o_julgamento_do_mensalão_2012

Le problème n’est pas que racial. Même s’il se portait candidat, Joaquim Barbosa n’a aucune base politique; et si d’aventure il était élu, ce serait encore plus difficile de se maintenir au pouvoir sans une base parlementaire. En plus, la candidature de Barbosa ne servirait qu’à diviser une base électorale qui normalement vote pour le PT, soit les brésiliens plus pauvres.

Les médias conservateurs aimeraient en faire un candidat en 2014 et profiter de sa popularité, un atout dont ne dispose plus le Parti Social Démocrate (PSDB), mais Joaquim Barbosa ne prétend pas se frotter au PT, donc à Lula. C’est ce dernier qui l’avait nommé à la Cour Suprême. Je ne vois pas Joaquim Barbosa prendre le risque de déposer sa confiance en ces mêmes médias qui ont porté Fernando Collor à la présidence au début des années 1990 avant de le faire éjecter deux ans ans plus tard.

Le ministre Barbosa est plutôt de ceux qui défendent un pouvoir judiciaire plus puissant au Brésil, surtout depuis que le législatif et l’exécutif se sont discrédités par les scandales de corruption. Ce n’est donc pas un fervent partisan du balance of powers cher à Montesquieu.

Le fait est que, le ministre Barbosa emploie des tactiques populistes, or cela n’a jamais fait de bons princes.

 

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.

5 Commentaires

  1. Le Brésil est prét pour élire une femme à la tete du pays mais pas un noir et encore moins une femme noire je suppose.Le fait que ce soit un homme politique,Président de la Cour Supreme qui le dise montre la complexité de la société brésilienne.Quant les Brésiliens seront-ils prets pour avoir enfin un afro-brésilien diriger le pays.Doit-on voter pour lui en fonction de sa couleur de peau,de son programme électoral,de sa capacité à rassembler tout un peuple dans sa diversité si l’occasion se présente un jour,sait-on jamais…

  2. L’appui médiatique, il faut en méfier toujours. Surtout en politique. J’adore bien ta réserve dans le cas de Joaquim face à la presse brésilienne. Parfois, ce pouvoir est comme un caméléon.

  3. Cosmopolite comme le Brésil qui connait des clivages raciaux dans le choix du président de la République, c’est vraiment inadmissible. Moi, j’avais cru que ce pays avait dépassé les préjugés à partir du moment où une femme a réussi à se faire élire à la magistrature suprême.

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