Dur, dur à Rio de Janeiro

http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Universidade_Federal_do_Paran%C3%A1.jpgUniversidade Federal do Paraná, Crédit photo: Deyvid Setti e Eloy Olindo Setti on Wikimedia Commons
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Universidade Federal do Paraná, Crédit photo: Deyvid Setti e Eloy Olindo Setti on Wikimedia Commons

Les africains rêvent tous d’aller en Europe ou en Amérique, et depuis quelques temps, le nouveau status du Brésil en a fait le nouvel El dorado des jeunes du vieux continent. Si à priori, ils s’attendent à vite rouler dans des grosses cylindrées, ils sont également nombreux à se casser le nez face à la dure réalité de la vie au Brésil.

Ce mois de juillet, un jeune étudiant béninois venu dans le cadre du programme d’étudiants PEC-G dirigé aux étudiants des pays en voie de développement a posté une video sur youtube dans laquelle il raconte des déboires cariocas.

Il y a évidemment du vrai et du faux dans ce qu’il dit, essayons donc de décrypter tout cela. Il me semble que les difficultés auxquelles le programme expose ces jeunes africains se doivent premièrement au contexte de la création de cet instrument d’integration afro-bréislien. Le programme a été créé à la fin des années 1990 (Protocole en pdf) au moment où l’Amérique Latine traversait l’une de ses plus grandes crises économiques, on se souvient du cas extrême de l’Argentine. Et par conséquent, le gouvernement brésilien, co-signataire avec ses différents organes fédéraux du Protocole qui régit la vie des étudiants PEC-G au Brésil, s’est dédouané (à l’époque) de toute responsabilité quant au maintient des étudiants étrangers.

Il existe ici deux contradictions: la première est relative au fait que le programme concerne les étudiants « pauvres » des pays en voie de développement, mais en même temps il est convenu dans le protocole – également signé par nos pays – que chaque étudiant se prend en charge dès son arrivé au Brésil. 

Deuxièmement, l’organisation même des institutions brésiliennes augmente ces difficultés et fait que chaque Etat est un cas particulier. En effet, le fédéralisme fait que chaque Université Fédérale est autonome et donc ne repond que partiellement à Brasília. Il arrive donc qu’une université au Sudeste offre des logements aux étudiants africains et qu’au centre du pays il n’en soit pas ainsi.

Le problème se situe également en Afrique lorsque les étudiants se préparent à venir étudier. Les informations qui leur sont fournies sont trop partielles et parfois occultent certaines réalités, comme par exemple le fait que le Brésil n’offre pas de bourse d’études au niveau de la licence (en master et doctorat, oui), mais qu’il s’agit ici de place dans une faculté du choix de l’étudiant. Une fois que l’étudiant arrive, il peut briguer à plusieurs bourses, néanmoins cela n’est possible qu’après le premier semestre des cours. Et encore, il convient d’établir une différence à ce niveau.

Tous les étudiants provenant des pays non- lusophones doivent passer une année à étudier le portugais, ensuite ils se soumettent à une épreuve nationale (Celpe-Bras) qui est l’équivalent du TOEFL.

Ce qui veut dire en pratique que l’étudiant francophone ou anglophone ne pourra prétendre à une bourse d’études qu’après une année et démie. Pendant toute cette période intiale, il est (en thèse) à la charge de sa famille. Ajoutons que celui qui échoue à l’épreuve doit rentrer dans son pays, mais combien d’africains sont capables de retourner dans leurs pays une fois qu’ils sont arrivés en Amérique?

Comme je l’ai dit, chaque Etat est un cas à part. La vie est par exemple plus chère à Rio de Janeiro et São Paulo qu’à Fortaleza ou João Pessoa. Ceux qui sont attirés par l’enchantement de la ville carioca peuvent très vite se rendre compte que survivre sans bourse à Rio de Janeiro est quasi impossible, cela relève pratiquement du miracle.

Il y a par ailleurs très peu d’accompagnement, hormis certaines universités comme l’UFF (Universidade Federal de Fluminense, à Niteroi/RJ). Il y a déjà eu des cas de décès d’étudiants africains au Brésil parce que les conditions ne sont pas réunies pour faciliter l’adaptation des jeunes qui immigrent très tôt, à 21 ans ou moins. Cette année (encore) une jeune fille du Nigéria est décédée de suite d’une maladie diagnostiquée trop tard.

Le jeune étudiants béninois a donc raison quand il critique l’irresponsabilité des autorités des différents pays impliqués dans le programme. On a parfois l’impression que tout est question d’accords économiques à un niveau supérieur, mais comme il dit lui-même dans la video: « pour dire vrai, ici c’est pas la merde, non plus ».

http://www.youtube.com/watch?v=6eRi_QhPpyI

Il y a beaucoup d’étudiants qui terminent leur cours, mais le taux d’évasion est très élevé surtout parmis les étudiants non-lusophones.

Les étudiants étrangers ne peuvent pas travailler non plus, cela rend encore les choses plus difficiles pour ces jeunes. C’est pourquoi le jeune béninois tranche sur une note de pessimisme: « si tes parents n’ont pas d’argents et si tu n’es pas un peu intelligent, t’es foutu ».

 

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.

22 Commentaires

  1. Très intéressant. Malheureusement, étudier à l’étranger coûte cher, hormis quand tu pars en étant titulaire d’une bourse au mérite ou déjà pris en charge par ton futur employeur (ce qui reste des cas particuliers). Il est quand même surprenant que les étudiants étrangers ne puissent pas travailler… c’est un bon moyen pour gagner de l’argent, mais en plus pour s’intégrer rapidement, en apprendre plus sur le pays d’accueil. Cela est vraiment fort dommage que partir étudier à l’étranger soit si souvent synonyme de sacrifice, pour les étudiants, mais aussi pour les parents.

  2. ce qu a dit le jeune Beninois est partiellement vrai .Tout ce que je dirai ,c est que la vie en Europe ,en Amerique ou ailleurs n est pas le paradis. Meme dans nos pays respectifs c est pas également facile. chacun de nous doit savoir ce qu il vient chercher au Bresil.
    Car il y en a qui quitte leurs pays avec d autres ambitions que celles de poursuivre des etudes á l exterieur. Beaucoup y arrivent pour chercher du travail et rien d autre. Et en ce qui concerne ce programme ( PEC-G),le visa qu obtient l etudiant ne lui permet pas de travailler. Et c est la que reside le grand probleme. Comme il a si bien dit si tes parents n ont pas assez de moyens pour te soutenir financierement, c est la merde.
    Par ailleurs, je ne manquerai pas de noter ici les faiblesses de ce programme. Car, il n y a pas vraiment un bon accompagnement sur la santé des jeunes etudiants.c est le cas de la Nigeriane sus-citée qui est decedée reccemment. il est important de dire ici que c est pas par faute de moyens financiers. Mais par un manque de suivit de la part des dirigeants du programme et des medecins et infirmiers des hopitaux. Apres ce deces , il est temps que tous ceux qui sont impliqués dans ce programme revoient la ou reside le probleme et prennent des mesures necessaires pour que cela ne se repete. Comme l a si bien dit une encadreur de ma faculté:´` A morte da Menina deve suscitar reflexões e tomadas de decisões. Ela deve trazer mudanças« .

    1. Le cas de la jeune nigériane est très emblématique. Il y a ici le système national de santé publique qui est gratuit mais c’est déjà compliqué pour les brésiliens. Imagine alors pour les africains. l’encadreur de ta faculté a dit des mots vrais, mais cela aura-t-il des répercussions au niveau national?

  3. On peut dire que le Brésil n’est pas non plus le Nouvel Eldorado de ces étudiants africains qui ont des conditions de vie difficiles.Obrigada Serge…

  4. Serge ,je ne saurai repondre a ta question. Mais il ya eu une serie de discussion sur ce sujet dans la faculté de la fille qui je mentionne faisait infirmerie. le sujet a fait l objet d un debat sur le sisteme national de santé publique et la negligeance dans les hopitaux. au sortir de ce debat les enseignants ont attiré l attention des jeunes etudiants infirmiers sur ce decés et leurs demandent d exercer leur profession dans le futur avec beaucoup d amour et d attention .

  5. Un africain a l’extérieure ne veut que réussir en étudiant.allons un peu plus loin en acceptant les closes du programme mais essayer de comprendre avec moi un truc qui m’intrigue dans la close est que ,certes chaque pays avec son système,tu passe un examen dont on te juge sur ta plus faible note.je m’explique en ces termes l’examen comporte deux phases une phase orale et une phase écrite,alors si tu as travaillé a l’écrit et par a l’orale c’est la note de l’orale on te mets.Mais Dieu est grand ceux pourquoi les étrangers que la prière soit votre première Arme

  6. Quand je lit tout ca ca me fait sourir parcque c’est pire ailleurs.etre etudiant a l’etranger c’est un vrai parcours du combatant a moins que tes parents soit aiser et te supporte financierement.le seul point positif ce sont les opportunites qu’on a pas dans nos differents pays faute a nos dirigeants.generalement une fois que tes partie c’est dur de retourner vu tout les sacrifices qui ont ete deja consenti.

  7. Pareille au usa et ailleurs.beaucoup font semblant.faut juste que les gens comprennent que l’occident ce n’est pas le paradis.ca l’a peut etr ete jadis,mais ce n’est plus le cas.du courage a tous

  8. Finalement l’eldorado n’existe pas. Après les rêves à distance, beaucoup de désillusion. On a vendu le Canada à ma sœur et je suis en train de voir que quelque soit la destination, on a tort de croire qu’un eldorado existe. Ce qui pose vraiment problème dans le cas du Brésil c’est cette impossibilité de travailler légalement et ce manque d’information dans les pays emetteurs. Pour les Tunisiens, il n’y a pas besoin de visa et le billet d’avion coute parfois moins cher que pour l’Europe, mais nous n’avons pas d’accompagnement ou ne serait-ce d’informations. Merci pour ce billet Serge

  9. J’ai envoyé à ma sœur l’article qu’elle puisse le lire. « Reconnue comme discrimination, la priorité à l’expérience canadienne est de rigueur », voici en gros ce qu’elle dit. Mais Christiane a raison, tout est affaire de projet migratoire. Alors, rêve de Canada ou d’Australie, si tu as quelque chose à y faire. Une fois la route de la migration emprunté, même rentrer chez soi participe à un projet migratoire, sans lequel le mythe du retour peut s’effondrer tout comme celui de l’eldorado

    1. sur ce que dit ta soeur, c’est justement une question de mentalité. au canada ils ont une si forte expérience des politiques affirmatives que c’est tout à fait naturel. Ici, les gens résistent à voir les étrangers comme un plus dans la société. merci à toi

  10. D’avis avec toi. Je me dis aussi que la plus grande responsabilité dans cette situation revient à nos ambassades. Le système nous mène la vie dure ici, certes, mais pour lui, il est dans la normalité. C’est donc depuis nos pays qu’on doit bien nous informer sur la façon dont les choses se passent ici afin que nous puissions prendre la meilleure résolution.

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