Brésil: cinq impressions sur Lula

Je me rends de plus en plus compte que la plus part des personnes hors du Brésil ont une image caricaturale de l’ancien président Lula da Silva.

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Luiz Inácio Lula da Silva, crédit photo: Ricardo Stuckert/PR, Agência Brasil – Wikimedia Commons

Avec son air de père noël, on lui trouve rapidement des vertus qui parfois ne sont qu’un mythe, ou au contraire, on profite d’une de ses déclarations ici ou  pour dénoncer le mal communiste en Amérique du Sud.

En cinq points, que peut-on retenir de ce personnage hautement charismatique?

  1. La lutte contre la dictature militaireRien ne le prédestinait à la politique car en fait c’est son frère aîné qui s’engagea premièrement dans le syndicalisme paulista, historiquement reconnu pour son importante résistance face à la dictature, mais également pour son articulation vis-à-vis des entreprises étrangères qui envahissaient le marché national. Quand son frère trouva la mort dans une prison de l’Etat, Lula entrait dans la vie politique pour s’imposer comme le plus grand leader travailliste de l’histoire du pays après Getúlio Vargas. Son héritière Dilma Rousseff a également participé à cette incroyable épopée de la gauche brésilienne.
  2. La lettre adressée au peuplemalgré sa grande popularité, il lui manquait une bonne compréhension du système politique de son pays, c’est la principale raison de ses trois échecs aux élections présidentielles d’avant 2002. Son radicalisme ne rassurait pas les oligarchies agricoles, minières ainsi que les grandes entreprises de l’automobilisme. On ne savait pas encore s’il comptait payer la dette à la FMI, et les médias redoutaient une « révolution bolivarienne » au Brésil. Il fallait donc qu’il fasse des concessions; ce fut le cas quand il rédigea une « lettre aux brésiliens » (Carta ao povo brasileiro). Cette lettre permet de comprendre toutes les actions postérieures de l’homme qui allait propulser l’émergence définitive de l’économie brésilienne. Par cette lettre il formait une grande majorité autour de lui, une coalition politique qui répondait aux exigences du présidentialisme de coalition (selon Sérgio Abranches); son vice-président José Alencar faisait parti du patronat, les mouvements syndicalistes entraient dans le gouvernement en même temps que les grands patrons. Son discours était devenu modéré, mieux adapté au modèle médiatique brésilien. Vous trouverez ici et  deux textes très instructifs sur les forces politiques au Brésil.
  3. Le mensalão: inculpés dans une affaire de corruption politique, certains proches de l’anciens présidents ont été condamnés par la justice brésilienne. L’actuel président de la Cour Suprême de Justice aura été un coupe amer pour le PT jusqu’à la fin du procès du mensalãoJoaquim Barbosa n’a pas épargné les proches de Lula accusés d’acheter le vote de certains députés pendant le premier mandat de l’ex-président. Cet épisode restera comme une tâche noire dans l’histoire de la présidence brésilienne même s’il n’a jamais été prouvé que le président savait les agissements de son directeur de cabinet et d’un membre important de son parti.
  4. La réélection et ses adieux: Après le fameux scandale du mensalão peu d’observateurs donnaient Lula vainqueur des élections de 2006 et pourtant l’homme fort de São Bernado (ville où il réside) avait encore quelques trucs dans sa manche. Plus impressionnante encore fut son attitude très démocratique lorsqu’il réfusa de modifier la constitution de façon à lui permettre de réaliser un troisième mandat, cela était bien possible, cependant Lula a priorisé l’alternance et l’avenir plus stable des institutions de son pays. On reconnait ici l’erreur de Chávez.
  5. L’homme sans compromis: Ce qu’il faut maintenant comprendre c’est que Lula hors de son palais présidentiel n’a plus les mêmes responsabilités que par le passé et donc que certaines de ses déclarations n’engagent que lui et non plus son parti politique, le PT. Actuellement, il émet des critiques qu’il ne se serait pas permis de prononcer contre le Vénézuela à une époque où il cherchait à construire une union sud-américaine. Sans Chávez cela aurait été impossible, on le sait. C’est vrai aussi que Lula doit toujours préserver son statut de « faiseur de roi », néanmoins il n’est plus sous la même pression médiatique, ses déclarations n’ayant donc plus l’impact d’antan.
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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.

6 Commentaires

  1. Vraiment intéressant. Je ne connais pas bien Lula, mais ton billet m’a donné envie d’en savoir plus. Je me dis aussi qu’il a souffert sans doute de la comparaison avec Hugo Chavez, plus charismatique et médiatisé selon moi, même si son influence était toute aussi grande.

    1. Je ne sais pas s’il a souffert de cette comparaison, car en Amérique du sud le « modèle de Brasília » s’est imposé comme l’alternative la plus réaliste à une politique américaine ou même européenne. Le charisme de Chávez se limitait à l’anti-impérialisme mais son modèle de développement était loin de plaire au reste des pays de la région.

  2. Le Brésil,pays émergent mérite vraiment ce titre.De l’extérieur,j’ai plutôt une bonne impression de l’EX-PRESIDENT LULA.IL me rassure,à vrai dire.IL avait prononçé un discours exortant les CHEFS d’ETATS AFRICAINS à ne pas »baisser leurs pantalons »devant les OCCIDENTAUX.Lui au moins a osé!élire une femme à la tete du Brésil en la personne de DILMA ROUSSEF,les brésiliens ont tout compris aujourd’ui.Que les français en prennent de la graine…

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