Avortement au Brésil: Il faut « tuer » le roi

Crédit photo: José Cruz/ABr Wikimedia Commons

Le débat sur l’avortement au Salvador est relancé au parlement comme dans les instances de Justice de ce pays. Qu’en est-il au Brésil?

Autant en 2013 la France est capable de montrer au monde les vestiges de la révolution qui tua un roi (mariage pour tous), l’avortement est bien le sujet qui divise le plus la société brésilienne.

Cependant si le débat est aussi houleux et radical c’est parce qu’il est contaminé par plusieurs préjugés de part et d’autres.

Il est certain que ces lignes portent quelques préjugés dus au vécu de leur auteur.

Conservateurs et progressistes:

D’un côté, les conservateurs – en grande partie catholiques – ne veulent pas accepter  l’idée d’une société dans laquelle la femme serait maître de son corps, émancipée des préceptes religieux et machistes. De l’autre, il y a les groupes progressistes, souvent jeunes, sans parti politique clair, ou du moins, cela n’est pas l’élément le plus important dans ce cas. Les jeunes brésiliens, surtout ceux des classes moyennes ne sont pas forcément de droite ou de gauche – ils préfèrent les extrêmes. Et leurs profils changent selon les villes et les Etats. Mais, ils veulent être libres, ils sont la « génération post-dictature ». Avec eux, les professeurs, les defenseurs des droits de l’Homme, les mouvements féministes, etc.

Souvent les paulistas et les cariocas sont conservateurs, les sudistes (Porto Alegre, par exemple) plus progressistes, peut-être à cause de leur proximité historique par rapport à l’Europe.

Mais malgré tout, le dossier de l’avortement n’avance jamais. Aucun candidat n’ose s’attaquer à ce sujet par peur de vexer les protestants (notamment les évangelistes) et les catholiques qui forment un front commun quand il s’agit de défendre la morale chrétienne. Ils ne sont pas aussi clément quand il faut s’opposer à la violence policière. Au contraire.

Redéfinir le débat: 

Au Brésil, lorsqu’on aborde le sujet de l’avortement, même dans les universités, la passion dépasse toujours la raison, comme le disait Sergio Buarque de Holanda: « le brésilien est un  homme cordial » *. Les gens sont pour ou contre l’avortement, en toutes circonstances. Or, dans l’état actuel des choses où des milliers de femmes meurent parce qu’elles cherchent à avorter dans l’ilégalité, il faut dépasser cette façon réductrice  d’aborder le problème.

Lula avait, lui, dénoncé ce conservatisme qui fermait les yeux devant un problème de santé public…

Les choses avancent mais trop lentement. Il faut « tuer » le roi, pour ainsi dire. Faire la révolution des mentalités. Chasser l’hypocrisie des riches et des cathos. Il faut dépénaliser, en somme.

En gros, ce dábat est traité comme l’histoire de l’oeuf et de la poule. Qui a plus de droits, la mère ou le futur bébé? Franchement, qu’importe? Je ne veux plus voir des jeunes filles mourir.

Vous savez, tout cela ressemble à la Prohibition aux Etats Unis, ou au scandale provoqué par l’invention de la pilule dans les années 1960. On a vu par la suite que l’interdiction ou le tabou n’étaient pas la solution.

*selon l’étymologie latine, ce qui a un rapport avec le coeur, l’affection, pour le meilleur ou pour le pire.

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.

11 Commentaires

  1. Serge même au Cameroun, ce sujet est un vrai débat. L’avortement est puni et de manière sévère. Mais, j’ai cependant quelque chose à te dire je pense que ce débat n’avancera jamais à cause des croyances religieuses du Brésil. Vous êtes bien chrétiens chez vous et ce n’est pas évident…Malheureusement, en attendant des milliers de jeunes filles meurent comme au Cameroun, en voulant avorter dans la clandestinité.

  2. Serge, On a discuté aujourd’hui de ce problème d’avortement en classe avec mes collègues car une loi a été approuvé hier de récompenser tout foetus venant d’un viol sexuel dont je même vu de slogan sur internet  »Bourse du Viol » comme c’est le cas de la bourse de famille justement pour motiver les femmes a ne pas avorter. Entant que femme je ne sais pas quoi penser sur l’avortement parce que cela me dépasse. Mais en écoutant plusieurs opinions par ci par lá je pense que la femme doit surement être maître de son corps, savoir ce qui se passe avec son organisme et décider d’elle même.C’est un débat qui a une forte tendance de la polémique surtout pour nous chrétiens scientifiques car on doit savoir mettre la religion d’un côté et la science aussi de l’autre coté car lorsque nous sommes devant une femme enceinte qui n’attendait pas un enfant et surtout si elle a été violé je ne sais pas comment réagir si elle te demandait d’avorter.

    1. Mais Nelly, je suis choqué par cette histoire de « Bourse de viol » dont tu parles. c’est inhumain que de demander cela à une femme. Mais où ont-ils la tête ces dirigeants?

  3. C’est dur, mais je crois bien que les jeunes doivent apprendre à faire un choix. si vous choisissez de rentre dans la relation sexuelle sans pouvoir assumer les conséquences. A eux de faire le bon choix. comme a dit l’autre dans la vie on a toujours un choix. à l’heure ou on parle de la pleine liberté de l’homme, à moi de défendre le droit à la vie qu’on les futurs Messi, Ronaldo Luiz Nazario et même un Louis Pasteurs.

    1. je suis pas d’ccord avec toi. Ce que tu dis est profondément réligieux et tout le monde ne partage pas cet avis. L’autre aspect qui rentre en jeu c’est l’argent aussi

  4. Pour éviter des grossesses non-désirées,une sensibilisation des moyens contraceptifs est indispensable et utile.Ces avortements pratiqués sur le continent noir se passent dans des conditions inhumaines souvent par des non-professionnels de la santé.Un choix difficile fait à son ame et conscience pour chaque jeune femme d’aujourd’ui.Cette pratique n’est ni à encourager ni à interdire.Nul n’est Dieu pour juger de ce qui est bon ou pas bon pour une femme,selon moi…

    1. « cette pratique n’est ni à encourager ni à interdire », je trouve quand même que tu te rapproches de mon point de vue qui consiste à donner leur liberté aux femmes, mais surtout à garantir leur intégrité physique (ça c’est un droit). Les exposer aux risques des faux professionnels décrédibilise l’Etat.

  5. Pour ou contre, tel ne devrait pas la question. D’ailleurs, la question de l’avortement est d’une complexité très monstre. Surtout quand les arguments philosophiques s’affrontent à la morale chrétienne. Parfois le monde est trop insensible et hypocrite face à certains sujets.
    Au sujet de l’avortement, moi je rejoins certains UTILITARISTES (courant philosophique primant tout d’abord le bonheur de l’individu avant toutes choses), dont je suis un farouche partisan. Pour un groupe d’UTILITARISTES, « il n’y a donc rien chez l’embryon ou le fœtus qui interdise qu’on le tue, quelles que soient les circonstances. Certes les fœtus ont une conscience à partir d’un certain stade de développement, mais il en est de même pour les cochons et des bœufs que nous tuons pour manger ». Donc, pourquoi ne serait-il pas permis de tue un fœtus à n’importe quel stade de son développement, pour vu que cela réduise considérablement les souffrances de la mère ou augmente son bonheur ?

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