Santé: l’internement involontaire fait débat

Angelina Jolie lors du tournage de Changeling, de Clint EastwoodAngelina Jolie lors du tournage de Changeling, de Clint Eastwood - Photo de Monique Autrey / Wikimedia Commons
Angelina Jolie lors du tournage de Changeling, de Clint Eastwood

Angelina Jolie lors du tournage de Changeling, de Clint Eastwood – Photo de Monique Autrey / Wikimedia Commons

L’internement involontaire des dépendants aux drogues très puissantes et aux substances illicites, mais également celle des jeunes délinquants est desormais une loi fédérale au Brésil. Le Parlement vient d’apoter la loi qui donne le pouvoir aux médecins spécialisés d’enfermer les patients dans des institutions spécialisées. 

Cette mesure préventive, a priori, est loin de faire l’unanimité. En effet, il s’agit d’un pouvoir discretionnaire concédé aux médecins qui seront cependant obligés d’obtenir l’autorisation de la famille avant l’adoption d’une telle mesure.

L’internement compulsif  cause la polémique notamment au sein de la société civile qui voit en la mesure une fuite en avant qui n’attaque pas directement les problèmes de fond comme la violence, la pauvrété, le chômage des jeunes, et l’analphabétisme et surtout le trafique de drogue.

En réalité, le nouveau texte qui devra encore passer au sénat endurcit les peines contres les criminels impliqués dans le trafique de drogue au Brésil, l’internement involontaire n’étant qu’une dimension de la loi.

Crédit photo: Vernetti Sebastien on Flickr.com

Crédit photo: Vernetti Sebastien on Flickr.com

La contestation fait parti d’une lutte plus générale contre l’asile, une institution dont la principale caractéristique est de stigmatiser les malades mentaux en les isolant du reste de la société.

La question des droits fondamentaux de ces derniers est rarement posée.

La lutte contre les institutions totales date des années 1960 en France ou aux Etats Unis; en sociologie, des auteurs comme Michel Foucault en ont fait leur champ de bataille.

Curieusement, cette polémique me rappelle l’excellent film (certainement pas grâce à Angelina Jolie) de Clint Eastwood Changeling (2008) dans lequel une jeune femme dont le fils a été enlevé est plusieurs fois internée dans un hopital psychiatrique. A l’époque, dans les années 1920, la Police de Los Angeles possedait un pouvoir presque absolu. Un autre film très célèbre avec Jack Nicholson aborde la même problématique dès 1975.

Même si à cette hauteur du débat il est difficile de mesurer les effets réels d’une telle loi, je me demande quelles seront, d’un point de vue strictement politique, les conséquences du texte sur les libertés individuelles.

Jack Nicholson dans Vol au-dessus d'un nid de coucou

Jack Nicholson dans Vol au-dessus d’un nid de coucou

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.
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9 Commentaires

  1. Très beau billet Serge. Je trouve cool que tu poses ce problème d´internement involontaire. La société pense que ces personnes ne lui sont pas utiles. Mais une chose est certaine, ce sont souvent des personnes qui ont tout perdu sauf leur raison.

  2. Serge, mon ami je t’avais prévenu ;p C’est une très belle que tu poses ici mais au lieu de la traiter comme un littéraire ou comme un journaliste, tu aurais du chercher à descendre sur le terrain et te rapprocher des médecins en question à savoir les psychiatres, d’un autre type de spécialiste le psychologue, des familles de patients drogués et aussi d’un juriste. J’ai l’impression que tu critiques sans comprendre le fond et en plus en citant des exemples des 1920 alors que la psychiatrie est une discipline qui a beaucoup évolué depuis lors, elle change tous les jours.
    On parle d’internement, pas d’internation.
    Je peux te dire depuis que je travaille en psychiatrie, je n’ai pas vu d’internement. Nos services sont ouverts et les malades vont même se balader parfois à la boutique qui est dans l’hôpital pour acheter des biscuits. Nous avons une thérapie en groupe chaque Mercredi où tout lr monde patient ou personnel soignant s’expriment sans contraintes et nous ne parlons pas de blouse. L’asile n’existe plus que dans les films et c’est en regardant ces films justement que les gens ont une idée irréelle de la psychiatrie. Bon pour revenir à l’internement, il y a des hôpitaux spéciaux qui peuvent acceuillir des sujets dangereux qui ont commis des crimes par exemple. Tu conviendrais qu’on ne prendra des risques pour le mettre en service ouvert.
    Je continue mon commentaire sur mon ordi.

    1. Nathik, je pense que Serge ne parlait pas des façons dont les patients sont traités et tout, mais de cette loi qui a été prise au brésil. Quand on parle violence, drogue, addiction et tout ce qui va avec, peu nombreux sont les pays qui pourraient dépasser le Brésil. Et la question est de savoir si cette décision « d’internement involontaire » adoptée ne va pas laisser des séquelles par après…

  3. Je te disais que nous ne mettons pas de camisole ici aux malades et les médecins eux-même ne portent pas de blouses, dans le but se rapprocher du patient d’homme à homme.
    Je ne connais pas comment ça se passe au Brésil mais je vais te donner les modalités d’hospitalisation que nous suivons en psychiatrie (modèle de France) :
    – hospitalisation à la demande d’un tiers :
    C’est pour malade non consentant aux soins ou n’ayant pas la capacité d’y consentir : pourquoi ? Du fait qu’en psychiatrie, il y a un symptôme qui s’appelle « déni de morbidité » qui est peu l’analogue de l’anosognosie en neurologie, où le malade ne sait pas qu’il est malade, il n’est pas conscient de son trouble, pour lui il est parfaitement bien or objectivement il présente des troubles du comportement et il se pourrait qu’il ait déja battu sa mère, dépensé tout son héritage en une heure sur des choses futiles, ceci pour dire que très souvent en psychiatrie, dans des cas de psychoses dues à la drogue par exemple, le sujet n’est plus en contact avec la réalité, il est sujet aux hallucinations par ex ie qu’il voit des choses qui n’existent pas et dit des choses qui ne sont pas vraies du genre « je suis Dieu ». Alors ce type de patient ne peut clairement décider de lui-même s’il peut être hospitalisé ou non. En plus, son état nécessite des soins en milieu hospitalier, car il faut aussi protéger le malade de sa propre agitation, il pourrait mettre sa vie en péril si ce n’est celle d’un autre.
    Alors dans ces cas, comment ça se passe :
    il faut l’autorisation manuscrite d’un membre de sa famille avec carte d’identité, deux certificats médicaux signés par deux médecins différents, dont l’un doit être extérieur à l’établissement, et aucun ne doit être parenté au patient. Dans ce certificat, ils doivent donner le résultat de leur expertise et attester l’impossibilité du patient à prendre la décision de s’hospitaliser lui même, du fait des troubles.
    Il y a des modalités de maintien et de levée de cette hospitalisation (HDT) selon un code bien établi par la loi : par ex pour le certificat de 24h (pour achever les 1è 24h), il faut qu’un 3è psy d’un établissement différent intervienne. Et pour lever, cela se fait par décision judiciaire sur ordonnance du tribunal de grande instance. Il y a également des certificats de quinzaine et mensuels bien justifiés.
    Deuxièmement, il y a l’hospitalisation d’office : qui est une mesure administrative placée sur l’autorité du préfet mais avec avis médical. Ceci en plus des raisons signalées plus haut, c’est en cas de trouble mental compromettant l’ordre public et la sécurité des personnes.
    Là, on a besoin d’un certificat médical et d’un arrêté d’hospitalisation. La levée se fait par un arrêté préfectoral, par un certificat médical d’un psychiatre de l’établissement et sur propositions de deux psychiatres experts n’appartenant pas à la structure où le sujet a été hospitalisé, et choisi par le représentant de l’état.
    Ici au Sénégal, on reçoit souvent des « De par la loi » accompagnés par les forces de l’ordre et les sapeurs pompiers, où la Loi nous réquisitionne pour mener un examen psychiatrique sur un patient donné et c’est après examen du malade et avis du psychiatre chef de service que nous procédons à l’hospitalisation, si son état l’impose. C’est pour dire que le médecin lui même est régit par trois codes, dont la déontologie. Il a prêté serment et il appartient à un ordre, donc il se tenu à se présenter devant la justice en cas de fausse déclaration. Son avis est indépendant, il doit être purement objectif, professionnel et non abusif, c’est à dire que son avis ne se fait pas dans le but de satisfaire qui que ce soit. Il a enfin l’obligation de moyens mais pas de résultats.
    Je ne connais pas les lois du Brésil mais je ne pense pas qu’elle soit trop éloignées de celles de la France dans le domaine. De toute façon, c’est une question très codifiée et détaillée dans les textes de la Loi.. le code de santé publique.
    Ce n’est pas parce qu’on prend de la drogue qu’on doit aller dans un service psychiatrique, d’ailleurs pour la réussite de tout sevrage il faut à tout prix la motivation du patient sinon c’est peine perdue. Mais c’est quand, le patient développe une psychose aiguë ou chronique du fait de son addiction à la drogue, et qui le rend incapable de décider de lui-même qu’il doit être hospitalisé ou non, alors oui, sa famille, son médecin, la justice peuvent l’y contraindre, selon les modalités précises que j’ai développé plus haut. Ce n’est que plus tard après effet du traitement que le patient se rend compte du bien fondé de son hospitalisation et y consent dans la plupart des cas.
    Quant aux délinquants, ça dépend de ce que tu mets sous le terme « délinquants ». Serait-ce une crise pubertaire normale et passagère, des troubles du comportement de l’adolescent ou carrément une personnalité psychopathique en voie de constitution, seul un ou plusieurs psychiatre(s) peuvent dire au cas par cas ce qu’il en est. De toutes les façons, une hospitalisation en psychiatrie et plus encore un internement ne se fait jamais à la légère.
    Pour finir, je dirai que tu as traité cet article avec un angle inapproprié, prendre un film (qui se situe ds le temps en 1920) qui est un art, c’est à dire, qui peut se permettre de dire de la réalité déformée ou du moins d’exposer les choses selon la compréhension limitée du cinéaste pour illustrer ton propos n’était pas la meilleure des idées et ces films et œuvres littéraires ont souvent fait plus de mal en reprenant des clichés auprès de la masse peu informée. Prochainement, contacte des professionnels, examine des textes, pose des questions avant de livrer un article aussi spécialisée, sinon ça devient la recherche du sensationnel.
    Désolée d’être dure, mais c’est dans un but informatif… pour les autres lecteurs aussi.

    1. Merci pour ton commentaire chere Nathyk, cela corrige bien des injustes que j’ai causé aux psychiatre. Quoi que mon article ne leur est pas directement dirigé, il est une critique à l’INTENEMENT involontaire. Au Brésil, qui est un pays de gauche politiquement, toute mesure de cette nature dérange parce qu’en plus l’internement était une pratique très courante pendant la dictature des militaires.
      Pour les films, je trouve que ce sont les deux meilleurs films qui abordent ce sujet de l’internment quoi si tu les regardais tu remarquerais qu’il s’agit -dans un cas de l’internement d’un malade mental, et dans l’autre d’une femme désobéissante vis-à-vis de la loi. En somme, la pratique a nature assez autoritaire. J’en ai deja parlé avec des gens (amies) qui avait été internés simplement parce que leurs parents les trouvaient trop rebelles. L’internement dont je parle ici ne concerne pas exclusivement la psychiatrie, la loi n’a été qu’un prétexte pour m’attaquer au probleme.
      Dans tous les cas, ton commentaire m’éclaire beaucoup. Finalement, tu me donnes de cours gratuits.

  4. C’est noté. Je voulais surtout attirer ton attention sur le fait que le médecin reste souverain dans sa démarche ie que si sa décision est influencé par quoi que ce soit qui ne soit pas objectif et surtout par le politique alors ce médecin mérite d’aller en prison car il s’agit de la vie des gens. Ils ne peuvent se mettre en situation de complicité dans le but de réprimer la population.
    Pour tes amis, je comprends mais c’est mieux d’avoir les deux autres cotés de l’histoire : les parents et le médecin en question, avant de trancher. Faut jamais prendre ce genre de discours comme parole d’évangile… la symptomatologie psy est un peu complexe et n’obéit pas aux mm règles que les autres disciplines.

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