La Terre n’est qu’un seul Pays

Je suis un Pionnier 

Partir de chez soi à la l’âge de 22 ans n’est pas facile surtout si cela signifie traverser l’Atlantique dans une aventure digne du capitaine Cortés. C’est l’expérience suprême d’une vie de découverte, d’apprentissage et d’humilité à laquelle aucun jeune du 21° siècle ne devrait déroger.

Mon histoire ici n’a rien d’extraordinaire, rien de mystérieux ou d’attirant : je suis un étranger normal dont la vie n’a rien de ressemblant à l’absurde vécu par un Meursault.

Si je dois retenir quelque chose de mon exil brésilien, c’est la rencontre des lusophones, africains mais souvent laissés-pour-compte faute d’une identité linguistique avec le reste du continent.

Ceci est un hommage à nos frères…

C’est grâce à cette communauté lusophone d’Afrique que j’ai découvert l’art culinaire cap-verdien, apprécié la Cachupa, un plat fait à base de maïs et de haricots, renforcé par de la viande de porc.

Cachupa

Plat de Cachupa. Crédit photo : Xandu/ Wikimedia Commons

Une des merveilles du Cap-Vert, c’est aussi la boisson très alcoolisée qu’on prépare avec de la crème de lait – concentrée – dosée d’alcool de la canne à sucre… un vrai délice qui embellit nos soirées folles avec nos femmes et nos amis.

Les guinéens sont friands d’huile de palme exagérant parfois en termes de quantités.

En Afrique francophone, les gens se demandent parfois comment et pourquoi les brésiliens savent jouer au ballon comme des dieux ? Simple : ils jouent tous au futsal et deviennent vite des artistes-en-petit-espace.

Et puis j’ai appris que les africains faisaient du bruit partout où ils étaient ; dans les immeubles, en marchant tard dans les rues. Ce qui n’est pas tout à fait faux, puisqu’il s’agit plutôt de notre vitalité qui se transmet même dans le langage. Les brésiliens aussi font du bruit, mais avec leurs voitures au son amplifié par des baffles surpuissants, qui font bouger mon immeuble chaque fois qu’ils passent devant mon domicile. Comme on dit ici : « cada doido com sua mania » (1). 

Enfin, les angolais traînent partout leur mal-être, causé par une situation politique de plus en plus préoccupante, un président qui s’éternise au pouvoir sans en partager les gains, le boom pétrolier et les chiffres sur la croissance cachent une ségrégation raciale qui divise le pays. Ils sont également surprenant d’intelligence tout comme les mozambicains. 

Serge Katembera.

(1) A chaque fou sa propre manie.

~°~

Esprit libre, je m’appelle Citie

Perchée sur les collines de l’Imerina, assise, mélancolique, ma vue se perd dans l’étendue des rizières malgaches. Ces rizières qui, vues d’avion, ressemblent à des vastes terrains de football… Si seulement j’avais su à quel point j’allais t’aimer !

Antananarivo

Tana, vue du Rova à partir d’Ankatso.                                             NathyK ©

Madagasikara, tiako ianao be (2)… ça fait longtemps que je veux te le dire… 9 ans déjà, 9 ans comme 9 mois, 9 ans que cette terre me porte, 9 ans que la Grande Île me gave de son vary soasoa (3), 9 ans que j’emprunte inlassablement les escaliers d’Ambanidia pour le Rova, 9 ans que je respire le parfum exquis des jacarandas du lac en cœur d’Anosy, 9 ans que mon salut est chanté en Mahana aona ooo (4)

9 ans que tu m’habites, 9 riches années qui ne m’ont pas laissée repartir les mains vides. Mada, je vais te quitter. En moi, j’emporte un trésor : ton fihavanana… Madagasikara ma mère, Madagascar ma terre, oserai-je t’appeler étrangère ? Moi ta filleule ?

Madagasikara, tu m’as tout léguée, tes bras m’ont bercée, tes pierres m’ont polie, mes pas sont aguerris. Tu as accueilli la fille, tu as donné vie à la femme et Citie je suis et je resterai par amour de mon île.

Le Cap

Bus de visite touristique à Cape Town.                                              NathyK ©

Et depuis je m’appelle Citie et je vis ici. Je vis où je ris. Je ris où je vis. Ici c’est Douala, ici c’est Dakar, ici c’est Johannesburg, ici c’est Maseru, ici c’est Yaoundé, ici c’est Mbabane, ici c’est le Cap, ici c’est Majunga, ici c’est Antananarivo, ici c’est Maputo, ici c’est là-bas, là-bas c’est ici, ici c’est partout. Ici, c’est ma ville, là-bas c’est mon pays, partout c’est ma patrie. Et depuis je m’appelle Citie et je suis citoyenne.

 NathyK

 

 

La Terre n’est qu’un seul pays et tous les hommes en sont les citoyens.

Bahá’u’lláh

(2) Madagascar, je t’aime.
(3) riz pâteux que l’on consomme le matin en guise de petit-déjeuner.
(4) bonjour en Malagasy.

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.
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24 Commentaires

  1. J’aime la catchupa et c’est au Brésil que j’ai appris a parlé le CRIOULO. On devait tous avoir un passport de citoyenneté universelle pour que l’on confirme que la these de notre terre comme un seul pays.

      1. Et oui, c’est ça. Je rêve de ce monde là où il n’y aura plus de barrières, de préjugés, de frontières et il n’y aura que de la liberté, du respect et de l’amour. On aura plus besoin de passeport et chacun se sentira bien chez soi comme ailleurs :pppp

  2. La cachupa é un plat non seulement cap-verdien, mais également de sao-Tomé et principe.J ai appris a le manger ici au Brésil grâce á une amie avec laquelle je partage l appartement.« é uma delicia!«  comme le disent les brésiliens pour apprécier un repas.

    1. ah oui, je m’en rappelle maintenant. mais j’avoue que j’associe ce plat plus qu cap-vert qu’à são tomé. et tu me corriges puisque j’ai oublié de parler ce de pays.

  3. Hum… En venant lire ce billet je m’attendais à un beau billet. J’avoue que vous avez surpassé toutes mes attentes tellement le message était profond et m’interpelle. Merci pour ce beau boulot. Bravo

    1. merci mon cher ami… c’est tout le mérite de Nathalie qui m’a proposé ce projet à Dakar. Mais comme Raphaelle ne nous laissait pas le temps de faire autre chose 😉 , on s’y est vraiment mis cette semaine. je sais que tu ressens à peu près tout ce qu’on a dit

  4. Beau billet collectif avec Nathalie. J’ai oublié de te demander à Dakar, pour le foot des Brésiliens. Voilà une réponse. Pour l’huile de palme, c’est très cool, on l’aime beaucoup. Bon WE et @+

      1. Serge, je n’ai toujours pas compris ce que c’est le futsal, je vais donc de ce pas sur wikipédia. Mais franchement, tu me donnes envie de visiter le Brésil hein !

        1. Bon Nathalie, j’en conclue que tu dois ajouter Wikipédia dans ta liste de « meilleurs amis ». C’est la deuxième fois qu’il te sauve la mise…

  5. Je ne serai pas originale , je te laisse le même message qu’à Nathalie! Désolé!
    « Je vis où je ris. Je ris où je vis. » Mon leitmotiv !
    Billet: « Wunderbar » comme on dit dans ma ville!
    Billet: « Magnifique » comme on dit dans mon pays!

    1. l’idée m’a également plu. j’avoue qu’après Dakar les choses allaient tellement vite que je me demandais si on n’y arriverai mais voilà…
      merci MC

  6. J’adore votre poésie, votre idéalisme auquel je veux croire, votre attachement à ces terres d’adoptions qui vous attrapent et ne vous lâchent plus, qui feront parti de vous où que vous alliez. C’est superbement écrit et très touchant, ça pourrait être un hommage à tous les exilés de la terre.

  7. je viens de ce pas avouer que le futsal est un sport que j apprécie et dont je pratique de temps a autre avec des camarades de classe ici au Brésil. il differe un tout petit peu du football parce ce qu il se joue en surface savoneuse dt l espace est tres reduite.Ce sport demande bcp de rapidité et resistance mais il est tres passionant!!!

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