La sécheresse frappe le Nord-Est du Brésil

Plusieurs villes du Nord-Est brésiliens sont frappées par une terrible sécheresse depuis plus de cinq mois. Il s’agit de la plus grande calamité de cette nature en trente ans selon des nombreux experts; la situation est déjà critique dans au moins 18 villes de l’Etat de Sergipe (images). On estime que pas moins de 100 milles  personnnes seront atteintes par les conséquences du déficit hydrique structurel de la région. 

seca

Une telle situation affecte tout l’écosystème de la région rendant la plantation (du coton, du maïs, etc.) et la récolte très difficiles. L’élévage du bétail souffre également un sérieux préjudice causant naturellement une pénurie alimentaire chez plusieurs habitants de la région.

Les prévisions optimistes des météorologistes n’ont rien changé à ce tableau apocalyptique.

Les causes de la sécheresse sont pour la plus part naturelles du fait de la rareté de la pluie dans la région. Le vent humide et froid du sud arrive difficilement dans cette partie du pays, exposant ainsi le Nord-Est brésilien – notamment la zone semi-aride, sertão – à une masse d’air sec.

Le gouvernement fédéral s’est rencontré à plusieurs reprises avec les gouverneurs des Etats affectés par la sécheresse, le but de ces réunions étant d’accelérer les démarches visant à reduire l’impact sur les populations. La fourniture de l’énergie électrique devient aussi un casse-tête pour les autorités.

La société civile pour sa part s’est engagé depuis des mois dans plusieurs campagnes ayant pour objectif de sensibiliser l’opinion nationale sur la calamité qui touche le Nord-Est. Ainsi, des pétitions circulent dans les universités de tout le pays, ce type d’action sert à faire pression sur le parlement qui est ainsi obligé de demander une action immédiate du gouvernement.

Le transfert des eaux du fleuve São Francisco

Cela fait des dizaines d’années que cette solution est présentée comme la plus efficace pour mettre fin à la grande sécheresse qui frappe le Nord-Est brésilien et revient presque tous les ans à des degrés différents. Cependant, cet ambitieux projet a été pris dans un tourbillon politique aux dépens des populations qui sont loin d’en voir la fin à court terme. Ses détracteurs renvoient au fait qu’il se soit avéré particulièrement coûteux, on parle aussi de son impact écologique.images

A la conclusion de la transposition, les eaux du fleuves São Francisco devront servir à l’approvisionnement des États de Pernambuco, Paraíba, Céara, Rio Grande do Norte et d’autres États du Nord du pays. (LIRE PLUS ICI)

Il faut dire par ailleurs que l’une des conséquences directes de la sécheresse au Brésil est la reproduction de la misère et de la pauvrété, ce qui produit aussi des inégalités régionales. Déjà, dans les années 1915 une grande partie de la population nordestine avait migré vers le Sud pour fuire les effets mortels de la sécheresse. Cette même population contribuera de façon décisive au développement du Sud-Est, notamment de São Paulo.

 

 

Le projet São Francisco existe depuis des siècles et souffre bien sûr les contraintes de la démagogie. L’ancien président Fernando Henrique Cardoso avait aussi promis la conclusion de l’oeuvre durant son mandat, mais il en resta sur les belles paroles. Finalement, c’est pendant l’administration Lula que le projet prit un sérieux envol, l’ancien président affirma que ce projet de transfert était « l’oeuvre de sa vie ». On estime sa conclusion à 2015.

 

 

Ecologie et Politique

Le débat – mais aussi la polémique – causé par le projet du transfert des eaux du Fleuve São Francisco se doit aux éventuelles conséquences sur l’écosystème de la région. Dans les universités comme dans les médias des voix se lèvent contre une transformation brusque et soudaine de l’écologie sociale du Nord-Est.

Il est accepté pour les scientifiques que la particularité même de la région demande une série de politique de reboisement adaptée au Nord-Est. Son développement ne peut pas être objet des mêmes conditions que pour le reste du pays. Au-délà d’une préocupation purement alimentaire, il est aussi important de protéger la biodiversité de cette région.

Euclides

(Foto: http://static.blogstorage.hi-pi.com/spaceblog.com.br/p/po/ponderacoes/images/gd/1222474803.jpg)

Le rapport politique entre le Sertão et le reste du Brésil est très bien traité dans le chef-d’oeuvre d’Euclides da Cunha, Os Sertões (Hautes terres, dans sa traduction française). Dans cette oeuvre classique, l’auteur raconte ses voyages dans la région semi-aride, où il observa les rapports particuliers existant entre l’homme, la terre et la géographie.

Le transfert des eaux du fleuve São Francisco devrait avoir un impact direct sur les 30 % de la population du Brésil qui vivent dans la région du Nord-Est.

Aspects positifs et négatifs du transfert des eaux

S’il est maintenant de l’avis général que le transfert des eaux du fleuve São Francisco est salutaire pour les habitants de la région, on ne peut tout de même pas négliger les aspects négatifs et positifs de cet ambitieux projet. De leur prise en compte dépend également la garantie du succès du projet.

Parmis les aspects positifs, citons l’approvisionnement en eau de plus de 10 millions de brésiliens, la réduction de maladies causées par la consommation d’eaux impropres, et aussi l’alimentation du bétail. Cependant, on doit réfléchir sur l’impact d’un tel projet sur l’écosystème régional et sur des formes de résolution de cette problématique. Il y a notamment des risques d’érosion et de conflits terriritoriaux qui doivent être considérés.

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.

7 Commentaires

  1. Je suis témoin de cette catastrophe naturelle du fait que j’habite et étudie dans une des régions les plus secs de l’Etat du Ceará. Il s’agit là d’une realité palpable et triste. Durant ces deux dernières semaines, des pluies constantes ont arrosé les terres arides de cette partie du sertão, apportant beaucoup d’esperances et sourires chez les fermiers, bref la population en géneral. Très bel article Serge.

    1. Il s’agit de ma petite contribution à cette bataille interminable ppour les habitants des régions semi-arides du Nordeste, mais en fait tu es mieu placé que moi pour en parler…
      J’ai essayé surtout d’être le plus exaustif possible, pour que tout le monde se fasse une idée de la situation.
      Si tu arrives à prendre des images, ou mêmes des bons articles sur le sujet, n’hesite pas à les partager.
      merci

  2. C´est en réalité un gros problème ici au nord-est du bresil ou nous observons les coupures d´eau et le haussement des prix sur la viande.
    Très bon article! merci pr les infos sur des mésures prises.

    1. @ Josiane,
      c’est bien possible. Comme les USA, les Brésil a aussi sa partie désertique vers le centre-ouest, mais la région décrite ici est semi-aride et est soumise à une méteo assez particulière. Après plusieurs mois sans pluie, dans le Sertão de Paraíba il plu pendant 3 jours de suite…Dans tous les cas, la hausse des pri des aliments est directement causée par cette double sécheresse américaine et brésilienne.

  3. La sècheresse dans l’Etat de Pernambuco elle est dramatique, mai ce qui est insupportable c’est que le peu d’eau qui parvient dans les rivières est captée par de nombreux « cassibon » sorte de puits de 5m de diamètre env et 18m de profondeuret qui capte l’eau depuis le fond du lit de la rivière par des orifices à différentes hauteurs. Et cela c’est l’initiative non controlé des gros propriétaires terrien pour irriguer leurs cultures. Donc l’on voit jaillir l’eau pour irriguer les cultures et a coté de cela la population n’a plus d’eau. Le pire c’est qu’ils paient l’abonnement à l’organisme qui leur fournit l’eau en temps normal, (La Compèze) et il n’ont pas d’eau. Les petits paysans se battent corps et ame pour sauver leurs troupeaux, véritable calvaire. Pour plus d’info me contacter je viens de vivre une partie de cette misère avec eux. Les autorités devraient obliger ces gros propriétaires qui captent l’eau à approvisionner ceux qui n’en n’ont pas. De tout coeur avec ceux qui veulent tenter de les aider.

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