« Affirmative action »: ce que l’Afrique peut apprendre

(Professeur Charles Taylor en 2007)
(Professeur Charles Taylor en 2007)

(Professeur Charles Taylor en 2007)

Le professeur canadien Charles Taylor est sans doute le fondateur d’une véritable théorie de la reconnaissance qui a guidé toutes les politiques multiculturelles de ces vingt dernières années dans le monde occidental. J’ai récemment publié un article portant le titre Reconnaissance dans l’état laïc dans une revue académique de l’Université Fédérale de Rio de Janeiro. C’est l’occasion pour moi de revenir sur ce thème.

Le thème de la reconnaissance est sans doute le paradigme politique et le plus important de ce début de siècle, mais l’on peut trouver ses racines dans les revendications politiques de Mai 1968. En quoi consiste ce paradigme? Il désigne basiquement une compréhension des conflits sociaux comme étant de l’ordre de la lutte pour la reconnaissance politique. Cela veut dire que les personnes sont tout le temps en train de revendiquer des politiques favorables à leurs différents statuts. Celles-ci peuvent concerner la religion, la race – comme c’est le cas des politiques dites affirmatives actions – , le genre (en ce qui concerne l’égalité des sexes ou même une révision des lois en faveur d’un traitement inégal selon les contextes).

Plus tard d’autres intellectuels reprendront ce thème notamment aux Etats-unis (Nancy Fraser) et en Allemagne (Axel Honneth). L’Allemagne de son côté se voit face au défi d’intégration de ses populations issues de l’immigration turque. Le thème n’a pour autant pas perdu sa centralité dans la société allemande.

Le Canada est le pays qui a le mieux appliqué les politiques multiculturelles avec surtout la reconnaissance du français comme langue officielle des minorités francophones, mais aussi par l’inclusion des langues d’origines indigènes grâce à leur institutionnalisation  L’Australie est aussi reconnue pour son succès dû à l’inclusion et à la reconnaissance des cultures autochtones. La France a pour sa part eu ses années de multiculturalisme même si certains dirigeants européens comme madame Merkel en avait déclaré l’échec. Nicolas Sarkozy lui en critiqua les conséquences. Dès les années 1970 les premières lois donnant des « droits exceptionnels » – dont le port du voile – aux musulmans furent crées. C’est en 2003 que le rapport Stasi met fin à une longue tradition multiculturelle en France.

En Amérique Latine, ce type de politique intervient très souvent pour intégrer les populations « indigènes », elles aussi marginalisées tout au long de l’histoire. Au Brésil on peut les identifier dans les différents programmes de réduction des inégalités raciales historiques – dont une variante sont les politiques de quota – dans les universités publiques notamment. Par ailleurs plusieurs universités d’Afrique du Sud appliquent les affirmatives actions.

La politique de la reconnaissance au Brésil a également permis au Mouvement des sans-terre (MST) d’être considéré comme  membre actif de la société civile; aussi ces derniers ont acquis le droit à un cours d’histoire pour les populations sans terre dans des grandes universités brésiliennes. Ces mêmes politiques visent aussi à reconnaître le mode de vie alternatif des quilombosle tout étant de lutter contres les violences symboliques faites à ces populations qui choisissent de vivre de façon autonome.

A l’heure où plusieurs mouvements identitaires montent en Afrique – sur fond de violence – que ce soit au Nigéria, au Mali, en Egypte, en Libye ou encore en RDC qui souffre toujours de ses guerres ethniques  il devient urgent de s’intéresser au concept de la reconnaissance pour les solutions qu’il peut apporter.

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.
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5 Commentaires

  1. la théorie tient parfaitement le fil, mais seulement dans le cas de mon pays le Mali,il y a une grande part de faux dans le mouvement d’identitaire touareg qui se plait dans la position des la victime du pouvoir et en oublie les autres habitants du territoire. ils ne partagent ni la langue, ni la culture, ni même la même couleur de peau

    1. bonjour Faty, je crois que tu as raison. Et il me semble aussi que le « mouvement identitaire touareg » doive prendre en considération le fait que sa propre culture ne peut être dominante dans un contexte multi-linguistique, multiculturel et multi-racial. En gros, nous parlons d’inclusion politique, tout le contraire de ce que pretend réaliser le dit mouvement, selon mes connaissances du thème.
      bonne année

  2. Tu sais Serge, les guerres ethniques sont une plaie encore très ouvertes en Afrique. Au Cameroun, de nombreuses personnes se disent que les Bamilékés sont plus intelligents que les autres, que les musulmans plus sérieux…Et lorsqu’une personne occupe un poste, on met de côté ses talents, mais en premier, on cherche son ethnie, comme s’il ne l’avait eu que par ce qu’il était Bamiléké, musulman, Bamoun…C’est triste, la reconnaissance a encore un chemin à parcourir..

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