Le Brésil et ses prisons médiévales

 

Le ministre brésilien de la justice José Eduardo Cardozo a choqué l’opinion publique comparant les prisons de son pays à celles de l’époque médiévale : « Je préfère mourir qu’être emprisonné au Brésil », a-t-il affirmé.  Un commentaire qui a fait réapppaître le débat sur les conditions inhumaines des prisons brésiliennes. Il ne s’agit pas seulement d’un complexe d’infériorité de la part d’un dirigeant sud-américain idéalisant les conditions carcérales européennes, mais bien d’une critique visant à montrer l’urgence d’une réforme du système carcéral brésilien.

Ce que le ministre ne veut pas nommer, ce sont les viols ou les assassinats récurrents entre les prisonniers qui rendent inhumaines toutes les prisons brésiliennes.

Savez-vous par exemple qu’ici, un criminel ayant un diplôme universitaire jouit de certains avantages institutionalisés par le code pénal, de telle sorte que s’il commet un meutre ou un autre crime grave, il a le droit de bénéficier d’une cellule individuelle. Un avantage que ma professeur de Théorie de la Démocratie avait du mal à avaler : ce « petit privilège » est aux antipodes du principe d’isonomie qui caractérise tous les régimes démocratiques.

Ce concept juridique que l’on nomme prisão especial – arrestation spéciale – a été jugé inconstitutionnel par un grand nombre d’opérateurs de justice, dont Nelson Paes Leme, chercheur en droit politique à l’Université Fédérale de Rio de Janeiro (UFRJ). Pourtant, le parlement a maintenu la règle de la détention spéciale. Certains affirment que c’est là une trace de l’héritage portugais, une société construite sur la concession permanente d’avantages entre proches. Il est aussi vrai que la culture des « doutores » a été importé du Portugal lorsque les bacheliers de droit revenaient au Brésil peu après l’indépendance : ils ont ainsi construit une société de privilèges, corporativiste et clienteliste. Bien des « maux d’origines » comme on les appelle ici.

En attendant, les pauvres, les noirs – très souvent, ce sont eux les pauvres – et les analphabètes n’ont qu’à se confiner dans ces prisons médiévales. On se croirait dans les Visiteursun classique de Jean-Marie Poiré, mais en bien moins drôle

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.

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