Les présidentiables que les municipales brésiliennes ont révélés

Un scénario se dessine après les élections municipales qui se sont déroulées au mois d’octobre au Brésil. Au lendemain de ces élections, on peut déjà dire que la course à la présidentielle est lancée dans le plus grand pays du Cone Sul. Malgré le système politique fédéral bien installé ici, les élections municipales représentent un enjeu majeur pour les politiques brésiliens. En effet, les Brésiliens ont tendance à indiquer leur inclinaison idéologique dès les municipales, comme le disait le grand intellectuel des années 1940 Victor Nunes Leal, dans son livre Coronelismo enxada e voto – O município e o regime representativo no Brasil. Le livre explique l’autonomie relative des municipalités par rapport à la politique fédérale, tout en relevant leur importance dans le cadre des élections présidentielles.

Le Parti des Travailleurs a certes remporté la mairie de São Paulo, plus grande métropole de l’hémisphère sud, mais ces élections ont révélé des personnalités capables de bouleverser l’ordre établi dans la classe politique brésilienne depuis 1989. Modèle politique calqué du bipartisme américain, le système politique auriverdé est en passe de devenir tripartite.

Pendant les huit ans qu’il resta au pouvoir Lula da Silva avait réussi à garantir à son parti l’appui des régions les plus pauvres du pays, notamment le Nord et Nord-Est, néanmoins des transformations d’ordre social pourraient amener le PT à revoir son approche vis-à-vis de cette population. Désormais, une grande partie de cette population jadis pauvre fait partie de la classe moyenne brésilienne, c’est aussi elle qui porte l’économie nationale basée sur la consommation.

Au Nord et Nord-Est, la nouvelle classe moyenne boude le PT et flirte avec le Parti Socialiste Brésilien (PSB) d’Eduardo Campos, gouverneur du Pernanbunco (ce dernier a fait élire le maire de Récife au détriment du candidat proposé par le PT). Le PSB controle maintenant les plus grandes capitales de la région Nord-Est dont Fortaleza (Céara), Récife (Pernanbuco), l’état de Paraíba, et même la deuxième ville la plus importante de l’état de São Paulo avec la mairie de Campinas, encore une fois en battant un candidat du PT. Il s’agit là d’une importante avancée pour ce parti politique relativement jeune mais qui peut prétendre à quelque chose de plus grand: Brasília en 2014? Pourquoi pas?

Cela dépendra des différents accords que le PSB sera capable d’articuler, notamment avec le PSDB (social-démocrate), éloigné de la présidence depuis 2002 faute de renouveler son discours et de l’avoir trop droitisé… Mais cet exercice pourrait s’avérer particulièrement difficile, presque de la contorsion idéologique, car le PSB est un parti bien plus à gauche que le PSDB et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle il occupe les espaces qui appartenaient autrefois au PT. Une alliance avec la droite pourrait faire fuir des électeurs.

3427341094_ac6986eaabPour sa part, le PSDB a intérêt à rajeunir sa classe politique s’il veut revenir dans les bonnes grâces de la population brésilienne, surtout celle des régions les plus pauvres. Le sénateur Aécio Neves est donc l’homme providentiel pour le parti social-démocrate brésilien. Son histoire est assez particulière, puisqu’il est le petit-fils de Tancredo Neves, élu président du Brésil aux élections indirectes de 1985, et décédé peu avant le début de son mandat. Une histoire tragique qui est restée dans l’imaginaire du peuple et qui, dit-on, destinerait le petit-fils à accéder à la plus haute fonction du pays. Le sénateur Aécio Neves a été gouverneur de l’état de Minas Gerais (troisième par sa richesse après São Paulo et Rio de Janeiro).

C’est donc le scénario qui se dessine au Brésil après les élections municipales d’octobre. La présidente Dilma Rousseff est bien consciente du danger que représenterait une alliance entre les partis d’Eduardo Campos et Aécio Neves pour sa réélection. Une telle alliance pourait rencontrer un obstacle d’ordre psychologique, car on ne sait pas si l’un ou l’autre candidat se contenterait d’une éventuelle vice-présidence. Dilma Rousseff devra donc faire le possible – mais aussi l’impossible – pour séduire Eduardo Campos avant 2014 et isoler Aécio Neves si elle veut être sûre d’être réelue dans deux ans.

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.

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