Populisme de Droite et de Gauche au Brésil

Le processus de démocratisation du Brésil a commencé à la fin des années 1970, lorsque le régime des militaires a permis le retour des exilés politiques (plusieurs opposants brésiliens s’étaient exilés en France et au Chili avant l’avennement de Pinochet). En 1988, la “Constitution Citoyenne” a été promulguée scellant la fin du régime dictatorial.

La dictature brésilienne a commencé au milieu des années 1960, mais ses bases avaient été posées dès la décénie de 1945 avec l’instauration du régime populiste de Gétúlio Vargas. Ce président très populaire parmis les travailleurs – il gagna d’ailleurs le surnom de “père des travailleurs”, puisqu’il a crée la lois sur les droits travaillistes. Vargas a modernisé le Brésil, mais on lui doit surtout l’iniciative de promouvoir l’unité nationale, même s’il a usé d’une propagande presque stalinienne axée sur le culte de la personnalité. Sous Vargas, le Brésil a connu un populisme de gauche contre lequel les militaires se soulèverent dans les années 1960 pronnant le développement du pays à travers l’industrialisation. Contre le populisme de gauche hérité de l’ère Vargas, les militaires vont utiliser un populisme de droite comptant sur l’appui de l’église (la “marche de la famille avec Dieu pour la liberté” réunit des milliers de personnes dans les rues de São Paulo et Rio de Janeiro contre le gouvernement démocratique de gauche formé par João Goulart).

Il est intéressant de noter que le long de son histoire politique récente, principalement le côté démocratique, le Brésil n’a connu que des régimes populistes qui s’appuyaient sur un discours religieux, manichéen et moraliste. Ces gouvernements pouvaient être de droite ou de gauche. Cependant, cette tendance se perpetue jusqu’à nos jours.

Alors que le Brésil vit les dernières semaines de campagne électorale pour les élections municipales, on peut voir à tous les coins de rue des affiches de canditats avec des slogans comme “l’ami du bien”, “l’homme de bien”, etc. Un discours manichéen et moraliste qui caractérise bien la mentalité d’une société profondément chrétienne ayant une longue tradition populiste. A cela s’ajoute la propagande des médias, actuellement en “guerre” compte tenu du jugement du mensalão. A droite, les partis politiques dénoncent le risque du populisme que représente le Parti des Travailleurs. A gauche, c’est contre un éventuel coup d’Etat que l’on proteste. Les récents évènements en Honduras (2009) et au Paraguay (2012) font planner le spectre du coup d’Etat sur toute l’Amérique Latine.

De part et d´autre on dénonce un coup d’Etat en préparation. La droite et la gauche se jettent la pièrre. Les grands médias aussi sont accusés d’instrumentaliser le jugement du mensalão pour critiquer les politiciens augmentant la méfiance du peuple envers la classe politique brésilienne: “les politiciens sont des voleurs”, peut-on lire dans la presse. Dans les milieux académiques on parle déjà d’une “dictature des juges” en référence au pouvoir que gagne la Cour Suprème de Justice (STF, en pourtugais) depuis une dizaine d’années. Il y a quelques mois la STF a statué en faveur du mariage gay, elle a  par ailleurs autorisé la marche en faveur de la libéralisation des drogues légères.

A l’ONU…

La politique brésilienne, comme celle de toute l’Amérique Latine, s’appui sur un discours populiste. Deux décénies de gouvernements de gauche (Lula et Dilma) ont réduit les inégalités sociales; 40 millions de brésiliens ont quitté le seuil de pauvrété entre 2003 et 2012 selon une publication de l’IBGE. La droite politique brésilienne n’a donc pas assez d’arguments contre le gouvernement de Dilma Roussef et espère que le jugement en court à la STF fera chuter le PT aux élections municipales. Elle argumente aussi que Dilma aurait dû changer la politique macroéconomique du gouvernement Lula qui était basée sur la consommation de la classe moyenne: “cette politique est dépassée”, afirme-t-elle. Selon les partis de droite, Dilma devrait investir dans l’innovation et l’éducation sans parler des Nouvelles Technologies de l’Informatique. En outre, on reproche au gouvernement Dilma sa politique fiscale axée sur un taux de change flottant qui en se moment maintient le Réal (monnaie brésilienne) sous-évaluée. D’autant plus que cette politique fiscale ne fait pas belle figure face à la politique monétaire appliquée par la FED et la BCE. En voyage à New York, où elle tiendra un discours à l’Assemblée Générale de l’ONU, Dilma aura un ton dur contre les gouvernements des “pays riches”. L’opposition brésilienne à son tour accusera Dilma Roussef de vouloir cacher ses échecs politques et économiques derrière de fausses excuses (accusations) d’un tsunami monétaire provoqué par la FED et la BCE.

 

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.

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